Mes Enfants ne sont pas comme les autres, ils sont musiciens. Il n’y a pas de normalité chez ces gens-là, dans ce film non plus. Troisième long-métrage du musicien-cinéaste
Denis Dercourt, MES ENFANTS... se situe à mi-chemin entre une œuvre musicale et un film dramatique. La mise en scène rappelle celle d’un morceau, faites de mouvements, de changements de rythme, de tons, etc. Le réalisateur attache beaucoup d’importance à cette forme cinématographique très proche de la musique. Filmés scrupuleusement, chaque main, chaque visage, chaque corde, chaque touche prennent une place considérable dans l’espace filmique. Celui-ci est d’ailleurs construit de manière très précise, avec des lieux récurrents comme cet escalier devant la maison, sorte de passage entre l’intérieur et l’extérieur, entre la musique et le monde.
Denis Dercourt instaure ainsi, par des plans très dépouillés, et par cette importance donnée aux gestes, aux regards et à la parole, une tension latente, une sorte de mal être constant. Celui-ci est accentué par la position de voyeur donnée au spectateur. On assiste en effet aux scènes intimes pour un musicien : les répétitions, la préparation en coulisses juste avant de jouer, etc.
Le choix des deux jeunes musiciens pour les rôles principaux d’Adèle et d’Alexandre s’avère être très judicieux. Ils ont le regard qu’il faut, l’émotion nécessaire, pour faire passer leurs sentiments lorsqu’ils jouent… Le naturel l’emporte alors sur la comédie.
Là où beaucoup risquent de froisser les sourcils, c’est en découvrant
Richard Berry dans le rôle du père, Jean. Loin, très loin de ses personnages de dragueur dans des comédies comme 15 AOUT, LE NOUVEAU JEAN-CLAUDE ou AH SI J’ETAIS RICHE, Berry incarne ici un personnage difficile, ambigu. Si l’on a du mal, au départ, à se dégager de la tête cette image qui lui colle malgré tout à la peau, il faut s’efforcer de le faire pour apprécier sa prestation à sa juste valeur. On aurait en effet tendance à vouloir rire au début du film, quand on le voit jouer du violoncelle. Finalement, s’il reste toujours peu crédible en musicien professionnel, il réussit brillamment à rentrer dans la peau de son personnage de père/professeur sévère et strict.
Rigueur, discipline et rythme, tels sont les maîtres mots du musicien… mais aussi de
Denis Dercourt qui signe là un film difficile, au pari délicat mais réussi de faire passer des sentiments et des idées à travers la musique plutôt que par les dialogues.
Amélie Chauvet