Une blonde, Nina, voluptueuse, mystérieuse, silencieuse et une brune, Lizzy, agressive, impulsive, excessive. Elles se rencontrent dans un hôpital psychiatrique. Leur point commun serait t-il la folie ? Le titre,
Meurtrières, le laisse présumer. On s’attend alors à suivre les péripéties de deux psychotiques assoiffées de sang. Non, rien de tout ça. Voici plutôt deux fofolles, avec pour point commun la galère, l’abandon et surtout la quête identitaire.
Ce duo de donzelles dresse un portrait poignant d’une jeunesse sans repère, submergée par une envie d’ailleurs. On s’attache immédiatement à ces libellules agressées par le désir qu’elles suscitent. Le film insiste sur le regard que portent les hommes sur ces corps sortis de l’adolescence... L’oeuvre nous emporte alors dans une atmosphère d’érotisme mortifère, un brin glauque, violente mais surtout qui sonne juste.
La scène liminaire fait frissonner. Le spectateur, un peu déconcerté, tâtonne, cherche les connexions, puis tout tourbillonne. L’intrigue démarre très vite (finalement il commence par sa fin). Ce rythme d’enfer permet de découvrir une galerie de personnages bien ancrés dans la réalité : une bourgeoise qui fait sa B.A en les prenant en autostop, un quinquagénaire tchatchant en verlan et surtout des vicieux qui les perçoivent tels des objets sexuels…
Malgré ces désillusions, Lizzy et Nina poursuivent leurs pérégrinations. Le thème du nomadisme culmine lors d’une rencontre envoûtante autour d’une jonque chinoise. C’est joli, poétique, on a envi de prendre le large. Aussitôt nos yeux sont gentiment chatouillés par des échos du
Voyage De Morvern Callar de Lynne Ramsay : la vie de bohème, la même envie de liberté, les mêmes rêves… Finalement, Nina et Lizzy restent à terre, tout comme le spectateur. L’ambiance du meurtre final est flippant de réalisme, mais n’est qu’un concours de circonstances. La violence jusqu’ici latente, fini par exploser, néanmoins les colombes restent blanches…
Meurtrières, est un mélange doux amer. Certains pourront taxer ce duo blonde/ brune de déjà vu, mais l’ aventure de ces jolies effrontées, adapté d’un fait divers des années 70, apporte une réelle réflexion sur cette jeunesse paumée en quête d’essence .
Lise Chavanne