Adapté du roman d'Agatha Christie du même titre, MON PETIT DOIGT M'A DIT est le nouveau long-métrage de
Pascal Thomas, cinéaste doué et éclectique, à qui l'on doit notamment LA DILETTANTE ou MERCREDI FOLLE JOURNEE !
En choisissant de replacer historiquement et géographiquement l'action du livre,
Pascal Thomas se l'ai ainsi totalement approprié, évitant soigneusement de tomber dans l'adaptation plate et terre-à-terre. L'histoire est ainsi d'emblée située de nos jours (rapport à un certain été caniculaire qui a fait des ravages dans le 3ème âge), entre la Suisse et la Savoie. Mais malgré ces repères, le film nous entraîne vite dans un autre monde, dont on est incapable de donner la date ou le lieu. Ce côté totalement décalé des personnages, des décors ou de l'action rappelle LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE, autre adaptation littéraire signée cette fois Podalydès, qui jouait beaucoup, tout comme
Pascal Thomas ici, sur une réalité totalement surréaliste et extravagante.
Une fois introduit dans ce monde étrange, à l'image des pensionnaires du Coteau Ensoleillée, maison de retraite pour femmes excentriques et fortunées, le spectateur se lance volontiers à la poursuite de l'assassin mystérieux d'un meurtre qui n'a peut-être même pas été commis, suivant ainsi l'intuition - le p'tit doigt - de Prudence Beresford, incarnée par
Catherine Frot. Sorte de jeu de piste allant de bonnes surprises en révélations mystérieuses, le film va alors dévoiler peu à peu toute sa grandeur. Fort de dialogues intelligemment drôles, MON PETIT DOIGT M'A DIT séduit par son inventivité et son originalité. Aucun mot, aucune phrase n'est ici dit par hasard. Tout est parfaitement écrit et travaillé.
Associant volontiers différents genres cinématographiques, le film nous rappelle tout à la fois le cinéma burlesque muet hollywoodien, les policiers anglais, ou le cinéma français, notamment celui de
Sacha Guitry.
On connaissait de
Pascal Thomas son ton délibérément dénonciateur vis-à-vis de la société et de certaines mœurs françaises, que l'on avait déjà pu apprécier dans LA DILETTANTE. On le retrouve avec grand plaisir dans cette œuvre totalement différente et excentrique mais toute aussi réussie.
Amélie Chauvet