Revisiter un moment clé de l'Histoire au cinéma est toujours un exercice très délicat, voir périlleux.
Steven Spielberg n'en est pas à son coup d'essai en la matière, et nous a déjà prouvé ses talents avec des films aussi variés que
La Liste De Schindler,
Il Faut Sauver Le Soldat Ryan ou, dans un autre registre,
Arrete-moi Si Tu Peux, tous inspirés de faits réels. Avec
Munich, il choisit d'aborder l'attentat qui secoua en 1972 les Jeux Olympiques de la ville allemande, commandité par des Palestiniens et visant des athlètes israéliens. Si cet événement n'avait encore jamais été traité au cinéma sous forme d'une fiction (un documentaire,
Un Jour En Septembre, réalisé en 1998, sort en France également ce 25 janvier), Spielberg choisi de parler non pas de l'attentat en lui-même, ni de ses préparatifs, mais de ses conséquences et de la chasse à l'homme qui suivit. Il adapte en effet l'ouvrage de George Jonas, "Vengeance", et nous entraîne dans l'incroyable poursuite lancée par Israël contre les commanditaires rescapés de l'attentat, avec pour seul et unique but : les tuer tous. C'est Avner (
Eric Bana) qui est choisi pour partir en Europe exécuter les Palestiniens à l'origine de ce septembre noir.
Alors qu'il avait tourné son soldat Ryan loin des plages normandes et les séquences françaises d'Arrête-moi… au Québec, Spielberg s'est installé en Europe, en décor naturel, pour tourner
Munich, reconstituant pour l'occasion le Paris ou le Rome des années 70. Si certains (Français) reprocheront au marché parisien de l'époque d'être limite cliché, l'ensemble du film a le grand avantage de recréer parfaitement ces années-là, au point de nous offrir une œuvre qui, visuellement, donne quasiment l'impression d'avoir été faite il y a trente ans.
Ce choix très judicieux, associé à un casting international (
Mathieu Kassovitz,
Daniel Craig,
Marie-josée Croze, Hiam Abbass,
Mathieu Amalric, etc.) est l'une des grandes forces du film, le plaçant ainsi dans un contexte des plus réalistes. Réalisme donc, et par là même véracité des faits relatés, qui font de
Munich un thriller politico-historique particulièrement réussi.
Autre point fort du long-métrage, celui d'être suffisamment engagé pour nous faire réfléchir mais sans endoctrinement. Lui-même juif, le cinéaste aurait pu facilement tomber dans un discours pro-israëlien. Mais son expérience et surtout son talent lui ont évité ces dérives. Ainsi, dès l'incroyable scène d'ouverture sur l'attentat, le spectateur se forgera lui-même son opinion. Toute la construction du film suit cette idée. Les images, tournées caméra à l'épaule, se veulent être avant tout informatives. Comme pour nous montrer des faits. Libre ensuite à chacun d'interpréter ces actes, et de réfléchir à la vengeance.
Spielberg le virtuose réussit ainsi à impliquer un thriller des années 70 dans l'actualité, pointant du doigt le conflit israélo-palestinien ou la politique extérieure américaine, et, plus largement, tenant surtout à nous montrer l'absurdité des attentats et des règlements de compte.
Amélie Chauvet