Narc. Le mot sonne bizarrement à l’oreille. Et intrigue quelque peu l’esprit. Narc pour narcotique, pour narcs, le surnom donné aux officiers du service des stupéfiants.
Pour la descente dans les profondeurs abyssales des drogués, des dealers et de la violence urbaine. Le quotidien à l’américaine des policiers, des guns et des fucks, quelque peu caricatural, et malheureusement, trop prévisible.
Beaucoup de bruit, beaucoup de fureur, de cris et de hurlements, et une série de flashs qui reviennent comme dans un mauvais rêve. Des jets de lumières syncopés, indistincts, trop rapides. Quelque peu perturbant, il faut l’avouer, pour suivre pas à pas le cours de l’histoire. Résultat, on s’approche plus de la fatigue visuelle que de l’effet esthétique. Ce dès la première séquence, qui n’aide pas à l’immersion totale : caméra à l’épaule, filtre bleu, course-poursuite infernale et images indigestes. On se croirait sur le grand huit avec un bon petit déj’ dans le ventre. Et les beuglements des personnes assises à côté qui vous percent les tympans.
Au bout d’un quart d’heure, c’est nous qui avons envie de hurler. Hurler pour que ça s’arrête, et pour leur dire, s’il vous plait, on ne vous a jamais appris à PARLER? Mais rien n’y fait. On tire, on frappe, on s’insulte, on baigne dans une mare de sang, on compte les morts. Sans oublier une petite touche d’humour (bien noir) dans un monde de brutes (bien dures) : l’anecdote du black dans sa baignoire, qui fume sa drogue au canon de son fusil… en oubliant qu’il est chargé.
Et puis, finalement, plus rien. Les flashs s’arrêtent, les cris aussi. Soulagement ? Pas pour longtemps. Car l’action se met, elle aussi, à l’arrêt. Et l’on se perd dans les méandres d’histoires annexes, on s’attarde sur les discours tristes et larmoyants sur ma femme qui est morte d’un cancer et cette petite fille que j’ai recueilli, et une autre voix qui en sanglotant annonce qu’elle s’en va parce qu’elle ne peut plus supporter ça, et un bébé beau comme un cœur qui pleure à chaudes larmes. A contre cœur, on ne peut s’empêcher de s’éloigner un peu de l’histoire. On essaye de recoler, de suivre, mais les discours attendrissant pour faire monter la petite larme finissent souvent par lasser. Trop d’action tue l’action… Mais pas assez tue l’intérêt. Et puis on sursaute, parce qu’elle revient sans prévenir, traînant derrière elle son boulet de sang, de coups, de flingues et de musique tapageuse.
Le film prend enfin toute sa dimension. Les plans ingénieux, voire carrément expérimentaux que
Joe Carnahan multipliait timidement tout au long de son film, tiennent alors une place à part. Les bribes que l’on nous assenait en flashs se reforment en un véritable puzzle énigmatique. Les témoins se multiplient, les versions s’opposent, les propos se contredisent. Mais où est la Vérité ? Comme Tellis, on piétine, on patauge dans une mare toute rouge. Interrogatoires musclés, et finalement, les révélations. Les aveux auxquels on s’attendait un peu, il est vrai, mais tant pis. Car les scènes de fin compensent mille fois les premières soixante minutes du film.
Bref, passez outre la première séquence, oubliez les battements trop rapides de votre cœur, fermez les yeux si vous n’aimez pas la couleur du sang, bouchez-vous les oreilles si vous ne supportez pas le bruit de la chair que l’on frappe. Et ouvrez vos mirettes pour admirer la deuxième heure du film.
Aurélie Maulard