Une nuit noire, sombre qui grâce au long-métrage d'
Alain Tasma prend une ampleur sans précèdent. Comme à chaque fois qu'un réalisateur tente de parler et de mettre en images, l'histoire avec un grand H, le risque est grand de se laisser happer par l'aspect manichéen d'un conflit. Ici, pourtant,
Alain Tasma retrace avec une grande sincérité et une impartialité étonnante l'escalade des tensions en plein Paris, l'exacerbation d'un sentiment de haine entre algériens et policiers et le chaos qui s'en suivra. La limite est ténue entre le bien et le mal, les bons et les méchants, mais grâce au scénario de
Patrick Rotman les comportements paraissent réalistes, chaque détail a été méticuleusement bien écrit. Le spectateur se retrouve devant une fiction à l'allure de documentaire.
Nuit Noire 17 octobre 1961 marque les esprits par ses propos forts mais aussi par sa décoration. Le Paris des années 60 - ses usines, ses rues, ses commissariats, ses habits - se matérialise sans défauts devant nos yeux, rendant le long-métrage encore plus éprouvant et dramatique. Le travail de l'équipe d'acteurs est aussi à pleinement saluer. Chacun participe avec sa personnalité à rendre compte de cet événement, le jeu est appuyé mais sans fausses notes, les répliques sont justes, les mouvements paraissent inévitables. Vingt-cinq ans après le 17 octobre 1961, le puzzle de l'événement se reconstruit grâce à la persévérance, au talent de réalisateur d'
Alain Tasma et au talent d'écrivain de
Patrick Rotman.
Le long-métrage est aussi disponible en dvd.
Sohini Gogel