Billy the kid est mort en 1881, à Lincoln, Nouveau-Mexique. En 2003, deux shérifs et un adjoint au shérif décident de rouvrir l'enquête qui a fait la renommée de leur petite ville : l'exécution de Billy the kid par son ami devenu shérif, Pat Garrett. Une rumeur court affirmant que ce dernier aurait laissé la vie sauve au gamin. Investigation.
Les deux personnages sont fort symboliques. Dans la conscience commune américaine bien sûr mais surtout dans ce lieu perdu du désert où ces deux légendes sont de chair. Tom Sullivan, l'actuel shérif du comté de Lincoln, a toujours pris Pat Garrett en exemple car il est l'homme de l'ombre qui s'est rangé. D'autres préfèrent le vagabond aux yeux bleus. Les habitants en parlent comme des amis et l'utilisation des images du film de
Sam Peckinpah,
Pat Garrett Et Billy Le Kid permet aux spectateurs de visualiser le passé.
Pour parler de
Requiem Pour Billy The Kid, il faut dissocier un peu les deux exercices auxquels se prête
Anne Feinsilber. D'un côté, il y a l'aspect documentaire qui nous entraîne dans un monde que l'on croyait défunt mais qui se dévoile sous les yeux de sa caméra. Les cow-boys de l'Ouest ne sont pas morts avec Billy the kid. Ils se retrouvent toujours autour d'un verre, d'une guitare et d'un harmonica. Les shérifs ont toujours une étoile en métallique accrochée à leur chemise en jean, un chapeau sur le front et un colt à la ceinture. Pour eux, les deux frères ennemis ne sont pas des personnages de films mais Pat et Billy (comme ils les appellent) ont foulé le même sol qu'eux, ont fait fureur dans ce coin et ont rencontré leurs grands-pères.
Face à cette "réalité de la légende", la réalisatrice peut mener l'enquête et offrir son commentaire.
Requiem Pour Billy The Kid est ainsi également un jeu de voix off : celle de la narratrice (
Anne Feinsilber) et celle de Billy, pleine de malice (
Arthur H, en vf). Les textes écrits comme des poèmes ornent les images de la ville, du désert, de la tombe de Billy et les deux voix entrent au fur et à mesure en communication. Il est vrai que la réalisatrice est peut-être un peu trop amoureuse du Kid (et de Rimbaud avec qui elle ne cesse de faire le rapprochement), peut être que le dialogue entre les deux voix est un peu poussé mais
on se laisse bercer par cette mélodie où il n'y a pas vraiment de méchant, mais plutôt des circonstances qui font le monde. L'intervention de
Kris Kristofferson, qui incarnait Billy the kid dans le film de
Sam Peckinpah, est une autre belle manière de dresser le portrait des deux hommes. Celui qui fut le kid, un héros romantique trop jeune pour mourir, commence, en vieillissant, à comprendre Pat Garrett. On devient peut-être sage au fil du temps. Billy, lui, est resté espiègle ou pas…
Une traversée dans l’Ouest d’hier et d’aujourd’hui que l’on suit avec plaisir et nostalgie au grès d’une belle bande originale (
Claire Diterzi) et du regard amoureux de la réalisatrice.
Marine Bedaux