"Vous n'allez pas m'aimer." Les paroles prononcées par un
Johnny Depp chevelu, éclairé par la lumière vacillante d'une bougie, une bouteille la main, résonnent comme un couperet dès les premières secondes du film. Comment pourrait-on ne pas aimer l'un des meilleurs acteurs de sa génération - et, soit dit en passant, l'un des plus bel homme de la planète… ? S'en suit un prologue face caméra particulièrement cru, où il nous conte ses mœurs diaboliquement libertines...
Et finalement, on comprend rapidement que ce n'est pas lui que l'on ne va pas aimer, tant sa prestation est une nouvelle fois époustouflante - mais la mise en scène, la photo, le choix des cadres, des décors, le montage. Car ce n'est pas tant le scénario qui peut déplaire dans
Rochester, le dernier des libertins, mais bel et bien son adaptation.
Premier long-métrage d'un réalisateur issu de la pub, le film pêche paradoxalement par tant de longueur, de lenteur, de scènes répétitives, de séquences plus théâtrales que cinématographiques. Une mise en scène trop plate, heureusement sauvée par un
Johnny Depp plus détestable et attachant que jamais, puisque l'intégralité du film tourne autour du comte de Rochester, l'histoire tragique d'un homme animé par des passions assassines, ses déboires, ses envies dévorantes, sa folie, sa déchéance et sa décrépitude… Plus intéressant dans la dernière demi-heure, le film se rattrape et permet aux acteurs d'exposer leurs talents, de
John Malkovich en passant par
Samantha Morton et
Kelly Reilly. Et si les dialogues risquent de choquer les oreilles les plus chastes, les images restent dans l'ensemble assez sages, jouant plus sur la sensualité que l'étalage systématique de mœurs assez particulières…
Au final, on sort tout de même de la salle avec un arrière-goût amer de déception et de regret mêlé. Le dernier des libertins aurait mérité un hommage un peu plus… envoûtant !
Aurélie Maulard