Partons sur de bases claires : ces 3 étoiles sont purement - et totalement subjectives. Et totalement assumées aussi. Car ils seront nombreux, les détracteurs de ce bel objet venu de nulle part, de cette fable tellement hors norme, tellement culottée – et déculottée aussi. Ah, ça oui, on les entend déjà qui crient au loup, au satyre ou au cochon, on les voit déjà rouler dans la boue (de cochonne) cet objet indéterminé que nous livre Annaud, dernier cri de
Gérard Brach avant de s’éteindre. Un délire pur et simple, un délire sans queue (enfin, quoi que…….) ni tête, une œuvre royale, à deux cent lieues ou presque des autres films d’Annaud, quelque part sur une île de la Mer Egée, à une époque sans âge.
Mais qu’est-ce que je suis en train de regarder ? Difficile de ne pas se poser la question.
Où suis-je ? Où vais-je ? Mais, mais qu’est-ce que Vincent le satyre fait à José le cochon ?? Ah, bah oui, il lui fait ce que je pensais qu’il lui faisait. Et c’est tout naturel, merci. Alors, oui, regardons et poilons nous devant le spectacle d’Annaud, saluons l’audace d’une équipe d’acteurs à (grandes) gueules,
Rufus,
Claude Brasseur,
Jean-luc Bideau… Saluons la nouveauté, la bravoure, car il en faut pour sortir de l’ombre une fantaisie si furieusement décalée. Oui, c’est vrai, tout le monde se lâche, José lèche des groins, Vincent s’excite dans un tronc d’arbre et dans plein d’autres choses, ça parle de sexe à tire-larigot et ça tire tout le monde tout court.
Mais qui a dit que la mythologie faisait dans le soft ? Ouvrons un peu nos livres d’histoires anciennes et souvenons-nous, exemple parmi tant d’autres, de la création du Minotaure… Et l’on se rend vite compte qu’Annaud est dans le ton. Coloré, endiablé, chaud bouillant dans les dialogues, les actions comme dans les images, complètement loufoque, véritablement barré, on en rit finalement à gorge déployée. Bah oui, car pourquoi pleurer ou (dé)crier un réalisateur quand son œuvre fait rire, quand son univers étonne et détonne dans un paysage cinématographique morne comme une île au milieu de l’océan ? Quand les acteurs s’en donnent à cœur joie et que
José Garcia se donne tout entier ? Quand derrière la comédie se cache des sujets plus graves – l’exclusion, le rejet, l’abus de pouvoir, la brutalité… L’inhumanité.
Pas la peine de chercher à décrire cette oeuvre, ni à la raconter. Ce film se vit, s’accepte ou se rejette tout entier. Alors saluez bien bas Sa Majesté….
Aurélie Maulard