« La Chute de la CIA » de Robert Baer est le point de départ du scénario de
Syriana, signé
Stephen Gaghan qui nous avait déjà prouvé ses talents d'écriture avec
Traffic. Ici, il réalise également. Complexe, intéressant, sur un sujet plus que d'actualité,
Syriana nous entraîne avec une élégance rarissime dans les méandres méconnus mais passionnants des relations troubles entre les milieux politiques et pétroliers, des émirats du Golfe aux Etats-Unis.
S'il faut bien s'accrocher pour ne rien rater de la complexité de cette histoire, c'est dans cette difficulté à tisser les liens entre les protagonistes, entre les événements que tient toute la réussite du film. Un habile jeu de poursuites, de dénonciations et de règlements de compte va alors se dévoiler devant nous, spectateurs littéralement happés par des magouilles qui bien souvent nous échappent. Ces histoires entremêlées s'avèrent être un parfait miroir de ce qu'est devenu aujourd'hui cette situation. Gaghan défend ainsi très bien son sujet. Par un traitement tant visuel que scénariste plus qu'original, il dénonce intelligemment les aberrations de tout un système.
Pas de premier rôle mais une pléiade de seconds rôles pour servir cette histoire.
George Clooney en tête qui, au-delà de sa transformation physique, réalise une interprétation juste et parfaite de bout en bout ; suivi de près par
Matt Damon,
William Hurt ou
Christopher Plummer, tout aussi excellents, mais aussi par nombre d'acteurs arabes, en version originale !
Après
Jarhead ou
Lord Of War,
Syriana met lui aussi à mal de hautes institutions américaines, et est pourtant produit par un grand studio. Percutant et insolent, ce film marque ainsi un pas de plus dans le renouveau d'un certain pan du cinéma hollywoodien…
Amélie Chauvet