Que ceux qui s’attendent à découvrir un «
Requiem for a Dream 2 » passent leur chemin. Mais pour ceux qui veulent en prendre plein les yeux, plein le cerveau (bref, plein la gueule)… Foncez car le prodige Aronofky nous montre avec
The Fountain une éclatante nouvelle facette de son talent.
Faites fi des soi-disant réserves émises par les festivaliers de Deauville en septembre dernier, ronchons devant un synopsis jugé alambiqué.
The Fountain se place à un niveau supérieur. L’histoire est pourtant des plus simples : Tom aime Izzy. Leur amour est total, pur et puissant au point qu’il traverse les âges. Mais Izzy est mourante, et ça, Tom ne peut se résoudre à l’accepter. On est juste face à un homme anéanti par la perte de sa femme, un homme qui part en guerre contre la Mort elle-même. A travers le temps, à travers l’espace,
on découvre une œuvre désarmante de sincérité sur l’Amour et l’insoutenable douleur de l’absence.
Si on le savait excellent dans le traitement des drames humains,
Darren Aronofsky nous met encore une fois une véritable claque en se jetant à corps perdu – et avec une aisance folle – dans la SF.
Trois espaces-temps, trois espaces mentaux, trois hommes… Tout est multiple et pourtant tout n’est qu’un. Où se trouve la frontière entre réalité et fantasme ? Suit-on Tom et Izzy sur 1000 ans ou bien assiste-t-on à la projection de leurs angoisses ? Qu’importe, l’urgence intérieure (confrontée à une plénitude finale) reste la même : puissante et désarmante.
Quel cadeau ! Aronofsky se paie le luxe d’associer une mise en scène sobre (mais indéniablement travaillée) à une mise en image grandiose (une photo jouissive et une bande-son excellente), tout en offrant une vraie réflexion spirituelle. Tout ça les doigts dans le nez, s’il vous plait. On pense même à un certain Kubrick et à son
2001, L'Odyssee De L'Espace.
L’élève est appliqué, mais infernalement doué. La copie est insolente de soin. Mais ne cherchez pas pour autant une volonté d’esbroufe. Oui, on peut chercher les symboles, il foisonnent et sont loin d’être gratuits : l’arbre omniprésent, la recherche de l’immortalité, etc.
Mais
The Fountain s’adresse surtout autant à notre intellect qu’à nos tripes.
Une véritable expérience sensorielle.
Eléonore Guerra