Quand un thriller S.F. n’offre pas une once de suspense ou d’angoisse, c’est que quelque chose cloche. Le scénario, certes prévisible, n’est pas forcément à plaindre. Avec une histoire pourtant idéale à exploiter pour faire un
« bon » film commercial, on se demande ce qui a pu se passer. La production a par ailleurs fait modifier le scénario par les frères Wachowski (
Matrix) et a relancé un deuxième tournage sous la direction de James McTeigue (
V Pour Vendetta), n’étant pas satisfaite des premiers rushs proposés par le réalisateur
Oliver Hirschbiegel (
La Chute), remplacé pour l’occasion.
Qu’y avait-il dans la première version du cinéaste allemand qui a tant déplu le studio ? Peut-être justement une touche perso d’Hirschbiegel qui aurait pu donner tout son intérêt au film ! Du coup, ne sont offerts aux spectateurs que des images froides et impersonnelles, une cadence inconvenante, de l’action à la
Die Hard et des scènes d’émotion précipitées. Sans parler du jeu des acteurs, simplement égaux à eux-mêmes, Kidman accaparant quasiment tout le film sans fournir le moindre effort supplémentaire. Le tout pour un film regardable, terriblement décevant.
Subséquemment, pendant tout le film, on sent une tentative ridicule de vouloir à tout prix placer l’action dans le contexte géopolitique actuel. Alors on mélange Darfour, Irak et Katrina dans des monologues rabâchés et consensuels. La morale semble presque improbable de la part de celui qui a réalisé
La Chute. Avec l’invasion vient la paix : les Sunnites et les Chiites se réconcilient, la crise au Darfour est résolue, le terrorisme disparaît. Bref, l’invasion, qui nous retire notre humanité, apporte la sérénité et la sécurité et nous donne une volonté uniforme et commune. Donc ce qui définirait l’humanité, c’est la guerre et la violence. En plus d’être intransigeante et limite réac, cette morale plombe le film. En leur faisant apporter quelque chose de bon aux hommes, toute la peur et l’angoisse des envahisseurs sont du coup complètement annihilées. Et le film entier l’est donc aussi.
Et à vouloir trop éblouir, les scènes censées nous couper le souffle sont bâclées et frisent parfois le ridicule. Pas étonnant que le public rit quand la mère demande à son fils qui ne doit pas avoir plus de 7 ans, de lui planter une seringue d’adrénaline dans le cœur si elle s’endort. Les spectateurs ne peuvent contenir leur consternation à la fin du film. Comment peut-on oser avec tant d’assurance soumettre une fin pareille ? Sans aucune transition, comme par paresse, on arrive plusieurs mois après l’action, avec des explications évasives qui permettent de se sortir le plus vite possible de la situation, de se tirer le plus vite de là.
Lorraine Creaser