Asif Iqbal, jeune britannique d’origine pakistanaise, est en âge de se marier. Il doit, pour cela, s’envoler pour le Moyen-Orient afin de rencontrer sa fiancée. Une fois là-bas, il ne tarde pas à être rejoint par ses amis Shafiq, Monir, Ruhel puis Zahid. Ils sont jeunes et ne pensent qu’à profiter de la vie : visiter le coin, aider les populations environnantes (l’Afghanistan)… Rien de bien particulier en somme.
Seulement voilà : tout ceci se déroule en septembre 2001, juste après les attentats meurtriers perpétrés par Al Qaida sur le sol américain. Ce qui n’était qu’une simple virée entre potes se transforme alors en parcours du combattant (maladie, bombardements), puis en fuite, jusqu’à l’impensable : la détention. Asif et ses amis sont soupçonnés d’appartenir à une branche talibane dangereuse et accusés d’avoir participé aux attentats du 11 septembre. De camps de détention en centres d’interrogatoires et de tortures, ils se retrouvent à Guantanamo, sans aucun chef d’inculpation… mise à part, peut-être, leur couleur de peau.
Scénario catastrophe ? Non, histoire vraie.
Réalisateur provocateur, mais éclectique,
Michael Winterbottom s’était déjà brillamment essayé à la critique politique avec les excellents
Welcome To Sarajevo et
In This World. Sans cesse dans l’expérimentation, le cinéaste s’attaque aujourd’hui à un docu-fiction brûlant, dérangeant et diablement actuel.
The Road To Guantanamo fait mouche. Ponctué des témoignages des « rescapés », le film prend aux tripes et nous pose en témoins passifs de l’implacable – et absurde – machine militaire. Le propos est volontairement engagé et le parti pris affiché. Personne ne sort grandi de l’expérience : ni du côté des terroristes, ni du côté des « libérateurs », quelle que soit leur nationalité. L’image est efficace : expérimentale (les scènes vues en vision nocturne) sèche, violente, sans jamais être crue ou gratuite.
Quoi qu’on pense de la situation géopolitique actuelle, le message est passé : plus jamais ça.
Eléonore Guerra