Du thème mémoriel du pogrom,
Paolo Sorrentino tire un récit très personnel, à l’humour décalé, sachant traiter de la douleur latente avec grâce, sans tomber dans le pathos.
À la recherche du diable de son père, ce sont ses propres démons que Cheyenne affronte. Coincé dans son enveloppe d’éternel adolescent et fatigué de ses anciens excès, le personnage tente de donner une raison à son existence. À travers la poursuite de reconnaissance posthume de son père - guidé par les journaux intimes qu’il a laissé - c’est en quête de soi-même que Cheyenne avance.
Sean Penn y donne une interprétation très touchante, à la juste limite de l’agaçant, mais qui détourne la caricature. Avec sa diction léthargique aux répliques inattendues et son rire enfantin, Cheyenne devient un personnage authentique et terriblement attachant, alliant dans son attitude la candeur (les sodas qu’il sirote à la paille) à la sagesse (ses lunettes de grand-mère).
Le film nous offre de plus une esthétique niquel aux plans aériens et presque trop planants, tant la caméra pivote d’une prise de vue à l’autre. Mais Sorrentino confirme réellement son talent de cinéaste à travers la rencontre ultime mise en scène via trois travelling qui se répètent, mimant ainsi le tourment raconté et le bouleversement que provoque cet instant, point d’orgue du film. Impressionnant.
This Must Be The Place est une balade captivante vers la catharsis d’un personnage mélancolique, portée par une b.o envoûtante et une mise en scène de qualité.
Malgré quelques longueurs et une sensibilité parfois trop travaillée, le film parvient à troubler grâce ces touches poétiques comme la rencontre mystique d’un bison, ou les deux interprétations de "This must be the place", l’une à l'horizontal, sophistiquée, par la guest-star idéale, l’autre dans l’intimité, émouvante, ou encore les yeux bleus fardés de Cheyenne...
Marie Devier