Va (en Terre Sainte), Vis (comme eux) et Deviens (quelqu'un de bien)… Tel est le titre de ce long-métrage de
Radu Mihaileanu qui choisit de nous parler d'une partie souvent méconnue de l'Histoire d'Israël, celle des Juifs d'Ethiopie et de l'opération Moïse. Fin 1984 début 1985, une grande opération est menée à l'initiative d'Israël et des Etats-Unis, consistant à emmener des milliers de Juifs Ethiopiens, les Falashas, vers la Terre Sainte, via des camps de réfugiés du Soudan, pays islamique régi par la loi de la Charia. Parmi eux, un jeune garçon catholique de neuf ans que sa mère force à se faire passer pour juif afin de le sauver de la famine et de la mort. Arrivé en Israël, celui-ci va devoir s'intégrer, mentir, grandir, mentir, apprendre, mentir, aimer, mentir…
Le film choisit de suivre toute la jeunesse de ce jeune garçon, appelé Schlomo, de son arrivée en Israël à son mariage quinze ans plus tard. Très fort dans son scénario comme dans sa mise en scène, Va, Vis et Deviens dégage une émotion supplémentaire grâce à la force de ses dialogues et à la qualité de son interprétation. L'acteur le plus connu de l'affiche,
Roschdy Zem, est épatant en père de famille tiraillé entre ses convictions politiques, religieuses et l'amour qu'il porte à sa famille. Prestation à l'image de celles des autres comédiens, comme Moshe Agazai qui incarne Schlomo petit ou
Yaël Abecassis, interprète de la mère de Schlomo.
Le film se suffit donc amplement à lui-même pour faire passer avec force un message dur mais réaliste, et l'on regrette vivement que le réalisateur l'ait accentué par des images d'archives des actualités, souvent très politisées et finalement inutiles dans ce film. Ainsi, la Guerre du Golfe est abordée deux minutes, et l'on n'échappe pas à la fameuse poignée de main à Washington entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin ; ni à l'assassinat de ce dernier.
Radu Mihaileanu signe une œuvre forte et réussie, qui émouvra sûrement le public judaïque, mais risque malheureusement de moins toucher au-delà. Dommage car le film mérite malgré tout d'être vu.
Amélie Chauvet