Too Much
Si les vingt premières minutes de
World Trade Center d’
Oliver Stone présentées au dernier festival de Cannes pouvaient être alléchantes, elles furent vite éclipsées par la projection, quelques jours plus tard, du
Vol 93 de Paul Greengrass. Et c’est finalement un sentiment de grande déception que l’on ressent aujourd’hui à la vue de la totalité du film de Stone.
Le réalisateur, pourtant aguerri à la scénarisation et à la mise en scène d’histoires tirées de la réalité –
Les Doors,
Jfk,
Nixon,
Alexandre – opte pour un parti pris (très) grand public et un sentimentalisme exacerbé pour nous livrer sa vision de la tragédie du 11 septembre 2001.
World Trade Center le film nous raconte l’événement à travers l’expérience – réellement vécue – de deux policiers de New York, qui se retrouvent coincés dans les décombres des tours jumelles alors qu’ils étaient parti les évacuer. Le postulat de départ semblait précis et la signature Stone pouvait nous laisser envisager un bon film tragique. Mais
World Trade Center est en fait un film ultra-patriotiste et, au-delà, ultra-conservateur.
« Famille je vous aime » « Patrie je vous aime »… Autant de phrases qui auraient pu servir de sous-titre au film. Les seuls passages réussis, poignants, sont ceux directement en phase avec la réalité. On sait que l’effondrement des tours, la stupeur des familles ou le courage des sauveteurs sont des choses vécues, et par là même émouvantes. Mais rien de plus. Aucune originalité dans le traitement des faits, des images, des sentiments.
Oliver Stone insiste lourdement sur le côté familial – la femme et les enfants qu’on laisse orphelins – pour nous faire prendre conscience du degré dramatique de l’événement. Il n’en avait vraiment pas besoin. Et plus le film avance sous nos yeux, plus on se dit qu’il sera difficilement sauvable. Le réalisateur ne nous épargne en effet aucun cliché : le couloir blanc avec Jésus au bout alors que Jimeno est prêt à mourir, l’ex-Marin qui se réengage pour sauver sa patrie, la femme enceinte qui attend désespérément de savoir si son mari est vivant & les répliques comme seuls les Américains savent si bien les écrire. Un petit florilège ?
« Je ne t’ai pas aimé autant que je le devais »… « C’est grâce à ton amour que je suis toujours vivant »… « J’ai vu Jésus… il avait une bouteille d’eau à la main »… « Nous sommes des Marins, et vous êtes notre mission »… « Il va falloir des hommes courageux comme moi (dixit le marin) pour venger tout ça »
Vous voilà donc avertis. Vous connaissez l’histoire, vous savez le traitement qu’
Oliver Stone lui a réservé... Un
Oliver Stone que l’on a connu plus partisan que cela, comme s’il était totalement hypnotisé par l’événement qu’il raconte.
Si vous aimez un brin les œuvres originales, jouissant d’une certaine touche artistique et ne reposant pas uniquement sur des faits, préférez mille fois
Vol 93 de Paul Greengrass, sorti en salles en juillet dernier et qui devrait être disponible en dvd dans le courant du 1er trimestre 2007.
Amélie Chauvet