C’est sa première fois à Cannes. Rien que pour ça, on a tous la pression pour lui. Pire : il se pointe avec un film de 2h30 sous le bras dont tout le monde, ou presque, connaît déjà la fin. La pression, on vous dit !
Parce qu’il est vrai, il faut bien l’avouer, Fincher, c’est un peu notre chouchou : l’orfèvre de l’image fâché avec les sujets simples (et qu’importe que certains le taxent d’ « esbroufe »), le surdoué ultra archi copié.
Cette fois, le malin nous provoquerait presque tant son
Zodiac sent le projet aussi casse-gueule que génial : une histoire vraie, un
serial killer impuni ayant traumatisé l’Amérique des 70’s, des vies brisées, un casting trop beau pour être vrai… Ça sent le soufre… ou le coup de maître.
Verdict ? Encore une fois, le réalisateur surprend et balance, au passage, la première claque du Festival.
Une mise en scène au couteau (qui s’en étonnerait ?) dont la sobriété masquerait presque la virtuosité (les prouesses techniques s’impriment dans la rétine sans qu’on en soit même conscient), une direction d’acteurs insultante de justesse servant un scénario d’une densité effrayante pour le grand écran, une vraie bande son comme on les aime, etc.
Ah non, c’est sûr, sur ce coup-là,
David Fincher ne s’est pas loupé. Passé maître en suspense, il nous fait traverser décennies et crimes, enquêtes et désillusions avec une simplicité radicale. Jouant sans arrêt la balance entre thriller,
slasher, film d’investigation ou long-métrage psycho-sociologique, le réalisateur de
Seven s’attaque directement à notre intellect comme à nos peurs les plus primaires. On ne peut que l’en remercier. Tensions, frustrations, obsessions, la plongée est passionnante.
Décidemment, cette année sur la Croisette, la barre est haute. Très haute…
Au suivant !
Eléonore Guerra