DVD : Coffret Danièle Huillet et Jean-Marie Straub - Volume 5

    en DVD le 05 Octobre 2010

Caractéristiques du DVD

DVD 1

Toute révolution est un coup de dés
De Jean-marie Straub & Danièle Huillet
1977, 10 minutes 10 secondes, couleur
Poème Un coup de dés jamais n’abolira le hasard par Stéphane Mallarmé (1897)

Assis sur la petite colline jouxtant la plaque en hommage aux morts de la Commune de 1871, quatre femmes et cinq hommes prononcent tour à tour les mots du poète Stéphane Mallarmé. Le jeu des dialogues et des voix plonge le spectateur dans un univers particulier, à la fois déconstruit et structuré, absent et présent.

Travaux sur « Rapports de classes »
De Harun Farocki
1983, 65 minutes, couleur

Harun Farocki filme Jean-marie Straub et Danièle Huillet « au travail » durant le tournage de Klassenverhältnisse (Amerika, rapports de classes), film basé sur le roman inachevé de Kafka Amerika dans lequel Farocki lui-même joue le rôle de Delamarche. Le film est à la fois un hommage au travail des deux cinéastes qui se définissaient eux-mêmes comme « artisans » en réaction contre l’industrie cinématographique et, comme il le dit, un autoportrait : au travail sous la direction du couple il répète incessamment comme un ouvrier et jusqu’à l’épuisement les gestes et le texte.

Avatars de « La Mort d’Empédocle »
De Jean-paul Toraille
1986, 53 minutes 25 secondes, couleur

Jean-paul Toraille fut assistant réalisateur sur La Mort d’Empédocle. Il en rapporte un document exceptionnel et surprenant sur la façon de travailler de Danièle Huillet et Jean-marie Straub et sur l’ambiance du tournage.

DVD 2

Où gît votre sourire enfoui ?
De Pedro Costa
2001, 102 minutes 20 secondes, couleur

Au moment du montage de la troisième version de Sicilia ! par Jean-marie Straub et Danièle Huillet, Pedro Costa tourne une « comédie de remontage ». Derrière leur patience à l’œuvre, tendre et violente, les deux cinéastes dévoilent une certaine idée du cinéma, de leur cinéma, et de leur couple et du couple tout court.

« La beauté du film de Pedro Costa réside aussi dans sa propre gaieté. Les Straub deviennent les personnages d’une comédie conjugale particulière, qui dessine une relation singulière et vivante, un peu théâtrale, dans l’accomplissement malgré tout joyeux d’une tâche noble et précise. »
Le Monde

« Pedro Costa, plus que quiconque, est probablement sensible à ce discours, lui qui se lève tous les matins pour aller filmer la ruine du quartier le plus déshérité de sa ville, qui le fait en dehors de tout souci de rentabilité, mais par fidélité à une idée, à une morale, à des gens sans protection qu’il a vus et qu’il ne saurait désormais être question pour lui de ne plus regarder. Et puis, Costa a découvert les Straub en même temps que le punk rock. Dans son esprit, c’était et ça reste la même chose. »
Libération

Six bagatelles
De Pedro Costa
2001, 18 minutes, couleur

Dans les nombreuses heures tournées pour Où gît votre sourire enfoui ?, Pedro Costa a pris six scènes et, à la manière d’un compositeur, les a situées dans un contexte différent. Ces séquences sont un regard juste et fraternel sur Danièle Huillet et Jean-marie Straub.

Straub-Huillet et Pavese « Ces rencontres avec eux »
De Laura Vitali
2005, 59 minutes 23 secondes, couleur

Laura Vitali signe un film sur le dernier travail du couple Jean-marie Straub et Danièle Huillet à Buti (Italie) en mai 2005, à savoir la mise en scène des cinq derniers Dialogues avec Leucò de Cesare Pavese : Ces rencontres avec eux. En ce sens, il s’agit d’un témoignage émouvant. Il alterne des séances de répétitions et des entretiens - de Jean-marie Straub, de Danièle Huillet et de comédiens comme Giovanna Daddi, Angela Nugara, Andrea Bacci - qui éclairent de l’intérieur les méthodes des deux cinéastes et leur rapport à l’œuvre de Cesare Pavese, tout en situant le lieu si particulier qui rend possible ce travail - cette petite ville qu’est Buti et qui accueille chaleureusement Straub et Huillet depuis alors une dizaine d’années - et en faisant ressortir la dimension politique de leur pensée.

DVD 3

Sicilia ! Si gira
De Jean-charles Fitoussi
2001, 81 minutes 40 secondes, couleur

Aperçu de la fabrication du film Sicilia ! de Jean-marie Straub et Danièle Huillet, du tournage au mixage, conçu comme une approche pédagogique de leur méthode de réalisation.

Dites-moi quelque chose
De Philippe Lafosse
2010, 92 minutes 03 secondes, couleur

Après son livre L’Étrange Cas de madame Huillet et monsieur Straub / Comédie policière avec Danièle Huillet, Jean-marie Straub et le public (Editions Ombres / À propos, 2007), Philippe Lafosse revient, à l’occasion d’une rétrospective qu’il organisa au Reflet Médicis à Paris en 2007 et 2008, sur la rencontre entre Jean-marie Straub, désormais sans Danièle Huillet, et le public.

Revient ? Pas exactement.

D’abord parce qu’il s’agit là d’un long métrage de cinéma, d’une construction cinématographique précise, ciselée, d’un travail de l’espace, du cadre, du temps, du rythme, pour rendre compte soigneusement de la présence râpeuse d’un homme : Jean-marie Straub. Fidèlement ? Pour Philippe Lafosse, la forme et le fond doivent s’écouter et être en accord ; pour ne pas être réduit, rapetissé, chaque contenu doit trouver la forme qui l’exprime au mieux, et c’est bien le cas ici : la caméra, fixe, est à un seul endroit par débat ; l’image se refuse à tout effet ; elle prend le temps d’enregistrer ; elle est rivée à son sujet, qui est aussi de croire en la sensibilité et l’intelligence de tout spectateur…

Ensuite, parce que cette construction ne propose pas des propos recueillis et groupés après diverses projections pour les dérouler paresseusement film par film : elle cherche des correspondances et des échappées qu’elle marie avec des blocs thématiques poreux.

Enfin, parce que si on retrouve ici avec plaisir des paroles qui sans jamais céder aux florilèges faciles des déclarations polémiques rompent avec le bavardage culturel, des paroles qui interrogent, remuent, qui éclairent, divulguent – un verbe, un homme qui résistent ici et maintenant –, on y apprend aussi beaucoup, que l’on soit fin connaisseur ou non de l’œuvre de Danièle Huillet et Jean-marie Straub. On y apprend beaucoup sans jamais être dans l’hagiographie : ce qui intéresse Philippe Lafosse ce sont les échanges avec les spectateurs, c’est la confrontation, et ce qui naît de cette rencontre.

Dites-moi quelque chose nous raconte une histoire, en somme. Ou des histoires. Quelles histoires ?

Des histoires de cinéma et de représentation bien sûr, des histoires de fidélité et d’honnêteté. Des histoires qu’on pourrait appeler des leçons de cinéma.

L’histoire, aussi, qui se révèle peu à peu, de la constitution d’un peuple, ou d’une communauté responsable et libre, consciente si on préfère et s’élevant contre l’état dominant des choses, ce peuple qu’on entend et ne voit pas ici, car le voir, le montrer, ce serait vraiment une autre histoire.

L’histoire encore d’une absence irrémédiable, celle de Danièle Huillet.

Dites-moi quelque chose est un film captivant, soucieux, tenu ; dès le début, il nous emporte et jusqu’à la fin il ne trahit pas ses promesses. Pour raconter un cinéaste en hiver et une communauté internationale qui se constitue dans l’ombre.