Etats Généraux du documentaire de Lussas 2008

Etats Généraux du documentaire de Lussas 2008

Lussas "fait" son Festival du 17 au 23 août 2008, pour sa 20ème édition. Il s'agit d'un rendez-vous avec le documentaire, à valeur pédagogique et ludique.

(France)
Festival du 17 Août 2008 au 23 Août 2008

Résumé du festival Etats Généraux du documentaire de Lussas 2008

Lussas "fait" son Festival du 17 au 23 août 2008, pour sa 20ème édition. Il s'agit d'un rendez-vous avec le documentaire, à valeur pédagogique et ludique.

Thèmes abordées au cours des Etats Généraux du documentaire de Lussas 2008

À propos de quelques regrettables tâtonnements - Corps à corps, le corps filmé

18-20 août 2008 (Séminaire 1)

Coordination: Nicole Brenez


À la fin du XIXesiècle, le cinéma émerge pour objectiver les liens entre recherche scientifique sur le mouvement, industrie militaire et contrôle des corps. «Si l’on savait dans quelles conditions s’obtient le maximum de vitesse, de force ou de travail que peut fournir l’être vivant, cela mettrait fin à bien des tâtonnements regrettables», écrit Étienne-Jules Marey en 1873. Les différentes techniques de relevé et de décomposition visuelle du mouvement doivent éliminer l’approximation, elles aboutiront à l’enregistrement cinématographique. En tant que dispositif technologique, le cinéma sert d’abord les intérêts de l’État et de l’armée qui eux-mêmes préservent les privilèges d’une «féodalité financière», selon l’expression d’Augustin Hamon, futur beau-père de Jean Painlevé. Aux États-Unis, les recherches d’Eadweard Muybridge s’inscrivent dans le contexte de la taylorisation du travail; en France, celles de Marey dans le contexte de la «rationalisation» du mouvement humain et animal. Dans les deux cas, il s’agit d’une entreprise de contrôle et de rentabilisation des corps, qui commence avec la chronophotographie, passe par le cinéma et se prolonge aujourd’hui avec la production la plus massive d’images qu’ait jamais connue l’humanité.
Mais toute technique, tout objet, toute institution, toute logique peut être détourné, subverti et retourné contre ses propres déterminations, dont la complexité reste à interroger. À l’invention du cinéma comme instrument d’exploitation et de domestication répond nombre d’initiatives émancipatrices aussi cruciales qu’ignorées des histoires officielles; ce séminaire permettra d’observer les enjeux et la portée de certaines d’entre elles. Refus des fatalités physiologiques, analyse des quadrillages figuratifs, recherches d’autres découpages corporels: le cinéma a pu tout cela, aussi. Avec notamment Bon Pied Bon Œil et toute sa tête, l’essai polémique foucaldien du groupe Cinéthique, avec les pamphlets visuels de Carole Roussopoulos, de Sylvain George, de Mounir Fatmi, avec les constats amers et aimants de Slim Ben Chiekh, d’Olivier Dury, avec les revendications festives de Lionel Soukaz ou de Bruce Conner, s’élaborent autant de gestes d’arrachement de la représentation à elle-même pour que, d’enregistrement comptable d’une trace de corps, l’image devienne intervention spéculative sur la présence, la vie organique, les besoins réels, les désirs hurlants et parfois déchaînés du corps. Comme le formule Philippe Garrel: «Il y a une solidarité des artistes véritables et des révolutionnaires, parce qu’ils refusent les identifications ordinaires. »

Nicole Brenez

Formes de lutte et lutte des formes - Pièges du formatage ou promesses de la forme?

21-23 août 2008 (Séminaire 2)

Coordination: Jean-Louis Comolli, Patrick Leboutte, Marie-José Mondzain

«On ne conteste jamais réellement une organisation de l’existence sans contester toutes les formes de langage qui appartiennent à cette organisation. La forme doit correspondre au contenu. Au centre de l’expression aujourd’hui, je crois qu’il faut bien voir la place de cette notion de détournement, qui me semble être, à tout le moins, la base de cet art critique. »
Cette parole de Guy Debord dans son film Sur Le Passage De Quelques Personnes à Travers Une Assez Courte Unité De Temps (1959) constituera le point de départ de ce séminaire.
L’affirmation politique de Debord nous incite à regarder ensemble des films explicitement politiques, à l’énoncé donc au langage politique. Pour autant, la portée politique d’un geste ne tient pas uniquement à ses énoncés contestataires mais aussi à la turbulence de ses formes. L’art rappelle au cinéma que c’est de l’ébranlement des formes qu’il peut tirer une force contestataire.
Il faudra donc aussi poser explicitement la question de la transformation sociale, et au centre de cette question, considérer la place et le rôle du spectateur, à son tour metteur en scène des formes mais acceptant la perte, l’échappée du film où cet écart qui se creuse serait la place du nous. Comment penser le cinéma et la société dans le même temps, dans le même plan?
Un séminaire à trois voix où chacun développera en une journée sa propre réflexion, confrontée à celle des autres: dire les écarts pour penser un espace commun.

Jean-Louis Comolli, Patrick Leboutte, Marie-José Mondzain

Incertains regards

Mai 2008. Plusieurs centaines de films déjà inscrits, de DVD visionnés sur nos lecteurs. La production télévisuelle documentaire française aidée par le CNC en 2007 devrait tourner autour de 2000 titres, sans compter toutes les œuvres produites pour le cinéma ou même hors tout soutien: films d’écoles, films «autoproduits», films sauvages et non répertoriés auxquels il convient d’ajouter tous ceux de nos voisins francophones...
Voilà déjà qui témoigne d’une belle vitalité. Vingt ans après la première édition des États généraux du film documentaire, nous ne pouvons que nous réjouir en entendant Sean Penn annoncer à la presse que le jury de Cannes qu’il va présider devra «se montrer particulièrement attentif dans ses choix à ce que le réalisateur ou la réalisatrice se soit révélé très conscient du monde qui l’entoure. » En tant que sélectionneurs pour ces nouveaux États généraux, nous jouissons d’un privilège unique: pas de compétition, pas d’exclusivité à rechercher, pas de couverture de presse à soigner. Nous voudrions que cette programmation soit tout à la fois l’occasion de faire découvrir au public exigeant et fidèle des États généraux des films pour lesquels le cinéma s’est imposé comme façon de voir le monde et de faire partager ce regard aux autres. Ce ne sont pas les sujets à eux seuls qui témoignent de cette démarche mais peut-être plus les rapports que les cinéastes travaillent avec le monde... et avec leurs spectateurs. C’est ce lien suspendu au regard de celui qui filme, cette audace à fabriquer des rencontres, à faire surgir des visages d’inquiétude ou de résistance, ce sont ces partitions d’un réel ténu et chaotique, sans cesse questionné, sans cesse réinventé. Ce cinéma qui trace un chemin des possibles, libre de ses frontières et de ses généalogies, comme autant d’antiphase au monde contemporain et à ses repères.

Fleur Albert et Gérald Collas

Vidéothèque – Maison du doc

L’ensemble des films inscrits à la sélection Incertains regards seront disponibles à la vidéothèque pendant la manifestation. Répertoriés dans un catalogue et dans des index nominaux et thématiques, ils peuvent être visionnés à la carte. Cinquante postes de visionnage sont mis à la disposition du public et des professionnels. La Maison du doc gère une base de données informatique sur les documentaires pro- duits chaque année en Europe francophone. Cette base de plus de quinze mille titres est disponible via internet (Site officiel). La totalité des films inscrits à la sélection Incertains regards intègre cette base.

Histoire de doc: Grande-Bretagne

18-19 août 2008

Le Royaume-Uni, même restreint à la seule Grande-Bretagne, a toujours été un des pays les plus productifs dans le domaine du cinéma documentaire. Un pays à la riche histoire d’où ont émergé des tendances cinématographiques qui ont marqué le documentaire mondial. Le pionnier John Grierson, père fondateur du Documentary Film Movement, a d’emblée tenté de définir le documentaire et ses missions, et son travail s’est imposé comme modèle. À partir des films de John Grierson, Paul Rotha, Harry Watt et d’autres encore, on appréhende mieux l’évolution proposée plus tard par Humphrey Jennings. Le Free Cinema n’est pas seulement une simple rupture mais il s’inscrit dans une certaine continuité de la définition «documentaire» formulée par Paul Rotha, dans le sous-titre de son ouvrage Documentary Film: «l’utilisation du cinéma afin d’interpréter, d’une façon créative et en termes sociaux, la vie des hommes telle qu’elle existe en réalité.» Et Culloden de Peter Watkins, à sa manière radicalement différente, répond aussi à cette définition. Les documentaristes Michael Grigsby, John Akomfrah ou Nick Broomfield illustrent encore la richesse du documentaire britannique, sans perdre de vue cette idée du documentaire, si bien ancrée depuis ses origines et mondialement suivie.

Kees Bakker

Route du doc: République tchèque

20-21 août 2008

La notoriété du cinéma tchèque repose essentiellement sur ses auteurs de fiction, notamment Jiri Menzel (dont le dernier film vient de sortir en France), Vera Chytilova, Juraj Jakubisko et Milos Forman mais aussi sur son cinéma d’animation avec Jan Svankmajer et Karel Zeman. Les documentaristes sont moins connus, comme c’est souvent le cas, même si Karel Vatchek, actuel directeur du département documentaire de la réputée faculté de cinéma de Prague, la Famu, a lui aussi fait partie de la Nouvelle Vague tchèque dans les années soixante. Aujourd’hui, deux festivals d’importance, celui de Jihlava entièrement dévoué au documentaire, et One World à Prague, ainsi qu’un Institut du film documentaire – tous dirigés par de jeunes équipes – favorisent la diffusion du documentaire. Pourtant il peine à émerger un cinéma documentaire indépendant majeur, à l’étroit qu’il est peut-être entre les sirènes de la fiction bien portante et les conventions de la télévision. Comment, dans ce petit pays, assumer un héritage historique et cinématographique parfois imposant et, en même temps, rompre avec des manières de faire et de conter pour inventer des formes plus personnelles? On découvrira, par exemple, comment les ressorts de la mystification et de l’autodérision sont à l’œuvre dans certains films, autrement dit, comment tenter d’être là où on ne vous attend pas. C’est de cette audace dont doivent faire preuve les réalisateurs qui s’engagent dans cette voie exigeante du cinéma documentaire.

Christophe Postic

Scam

20-21 août 2008

Comme chaque année, la Scam soutient, accompagne et surtout... se reconnaît dans les États généraux du film documentaire. Car à Lussas, le monde est pensé à travers les films, et rien n’importe plus que le regard des auteurs et ce partage vivant des interrogations du temps présent avec des professionnels amoureux de leur métier et un public jeune, d’une «insatiable curiosité»... Un moment-phare dans l’assoupissement de l’été propice à la rencontre et à l’entrecroisement des regards.
La Scam, qui représente les documentaristes de l’audiovisuel, de radio, les écrivains et journalistes, vous convie à deux rendez-vous: la journée de programmation des films réalisés avec l’aide à l’écriture de la société des auteurs, la bourse Brouillon d’un rêve, œuvres choisies et présentées par le jury, en présence des auteurs; et une Nuit de la radio, La Radio dans le Noir. Si vous n’avez pas peur des ténèbres, casque sur les oreilles, vous écouterez James Ellroy, Fred Vargas, Hitchcock, Soulages ou Brassaï, parler de la beauté du noir...

Sacem

Compagnons de route de longue date, la Sacem et Lussas proposent, depuis seize ans, une journée de projections et de débats qui explorent les liens entre le documentaire et la musique. La mise en scène de la musique au cinéma et la production des films sur la musique sont les thèmes explorés au cours de cette journée pour faire le point sur l’évolution de ce genre à partir d’une sélection d’œuvres singulières. L’édition 2008 rendra hommage à l’œuvre magistrale d’Olivier Messiaen et proposera une carte blanche consacrée à la musique comme forme de contestation. Et comme le veut la tradition, la soirée sera dédiée à la remise du prix Sacem du documentaire musical de création.

Fragment d’une œuvre

18-23 août 2008

Chaque présentation de l’œuvre d’un cinéaste est l’occasion d’explorer les questions qui traversent le documentaire: mise en scène dans le documentaire, expérimentations, engagements... Autant de directions que nous pouvons explorer au cours des rétrospectives d’auteurs qui composent ce programme. Notre choix est toujours guidé par la singularité d’un regard ou par la complémentarité d’un thème abordé au cours de l’édition.

Afrique

23 août 2008

Les films documentaires africains que nous allons vous présenter, plus que jamais, sont le fruit de parcours accompagnés. Ils nous parviennent d’abord sous la forme de projets, reçus par mail il y a souvent deux, trois voire quatre ans. À la différence des festivals compétitifs, la sélection Afrique des États généraux n’a pas vocation à «découvrir », mais constitue une étape logique dans le parcours de jeunes réalisateurs que nous accompagnons lors de masters, de résidences, de rencontres-tënks... Vous dire qu’une génération de documentaristes africains est en marche n’a donc rien de prophétique. C’est bien l’aboutissement d’une politique tout entière consacrée à la création documentaire.

Rencontres professionnelles

18-22 août 2008

S’interroger, s’informer et se mobiliser au cours de temps de rencontres qui réuniront différents acteurs professionnels du documentaire. Créer plus de liens entre les ateliers professionnels et les séances publiques et renforcer ainsi l’axe de ces rencontres professionnelles en collaboration avec différents collectifs réoriente notre ligne éditoriale depuis deux ans.
>Lignes éditoriales. Au Blue Bar, autour d’un verre, petites conversations autour des lignes éditoriales des chaînes de télévision.
>ROD. Accueil du collectif ROD pour une rencontre publique et des temps de travail à huis clos avec les partenaires concernés.
>CNC. L’écriture documentaire (lecture de scénario, analyse des différentes phases de développement et de mise en production).
>École du doc. L’écriture documentaire (projection de films réalisés dans le cadre de l’école, analyse des méthodes pédagogiques). D’autres temps de rencontres sont en cours d’élaboration.

Infos pratiques

Programmation complète, accès et tarifs sur le Site officiel