Si l'on se souvient le plus souvent de
Portier De Nuit pour le parfum de scandale qu'il exhale, il faut aujourd'hui redécouvrir cette sombre plongée viscontienne, au cœur des déviances humaines, en oubliant une polémique d'un autre âge.
Grande connaisseuse du IIIème Reich auquel elle a consacré plusieurs documentaires,
Liliana Cavani s'est inspirée, pour le film, des propos d'anciennes déportées, affirmant que l'expérience des camps les avait éclairées sur la nature humaine. L'une de ces rescapées, s'appuyant sur Dostoïevski, aurait notamment confié à la cinéaste : "
Les victimes ne sont pas toutes innocentes car une victime est aussi un être humain". Fascinée par les situations extrêmes où les repères moraux sont bouleversés, la réalisatrice a alors imaginé, trente ans à peine après la fin de la guerre, la relation sadomasochiste entre un ancien nazi et sa victime consentante. Mais contrairement à ce qu'a pu affirmer une bonne partie de la critique à l'époque de la sortie du film,
Liliana Cavani n'a pas succombé à une fétichisation nauséabonde du nazisme. D'ailleurs, la dimension onirique et le climat d'étrangeté qui se dégagent de
Portier De Nuit déréalisent totalement le contexte historique. On est ici dans une fantasmagorie autour des rapports entre Eros et Thanatos, nimbée de bleu sombre, et Vienne semble être une ville déserte, surgissant d'un rêve. Dans cette puissante allégorie