Ne vous y trompez pas,
Cartes postales de Leningrad ne nous plonge pas dans un décor à la Russe mais bel et bien au cœur de la guérilla vénézuelienne des années 60. Vu sous cet angle, on s’attend plutôt à un film aux couleurs d’une jungle peuplée de soldats. Pourtant, comme la douceur du titre le laissait présager, ce deuxième long-métrage de la réalisatrice
Mariana Rondon, a la fraîcheur d’un conte enfantin.
Le point de vue de Marcela et Téo y est pour beaucoup. Ses deux-là sont cousins, bourrés de débrouillardise et débordants d’imagination. À l’écran, cela donne un joyeux fouillis où le spectateur est invité à se faire un point de vue sur la révolution naissante à travers les yeux d’enfants. Pour les deux bambins, la guérilla est une sorte de jeu. Se trouver une nouvelle identité, élaborer un plan pour sortir l’oncle de prison, ou jouer à l’homme invisible pour ne pas se faire attraper par les « méchants » qui veulent du mal à maman, voilà de quoi alimenter l’esprit créatif d’âmes innocentes. Bercés par l’illusion des si jolies cartes postales de Leningrad, ville de neige où les parents sont censés se trouver, Marcela et Téo se constituent un monde de toutes pièces.
Réunions de famille sous le filtre des années 60 et scènes de soldats, caméra au poing
s’entremêlent alors, à mi-chemin entre documentaire et fiction. Et le tout fonctionne plutôt bien esthétiquement parlant.
Mariana Rondon a su donner un côté très pop à ce long-métrage greffant sa patte graphique et artistique sur de nombreux plans. L’univers des comics est a coup sur passé par là, permettant ainsi de donner à ce film toute sa singularité. Des fleurs d’enfants dessinées au crayon rouge remplacent le sang des soldats quand les personnages se voient affublés d’accessoires crayonnés à la va-vite. Un petit côté esquisse, authentique et enfantin en ressort au plus grand bonheur des yeux.
L’originalité prend alors le pas sur les petits défauts du scénario qui manque parfois de cohérence.
Il est vrai que si l’on voit bien où la réalisatrice veut en venir, l’histoire a du mal à se mettre en place. La fillette de l’affiche est reléguée au second plan pour laisser place à son cousin. Premier étonnement. Et même si le film arrive à une homogénéité formelle, sur le fond, on a tendance à se perdre, à ne plus comprendre et à ne retenir qu’un côté brouillon. Dommage donc que le travail de la forme n’ait pas suscité le désir de retravailler des éléments un peu plus fondamentaux comme le scénario. Une chose est sûre,
Mariana Rondon a au moins le mérite de réussir l’alliance entre la caméra et la plume graphique.
Virginie Borg