Le réalisateur espagnol
Gerardo Olivares, habitué aux documentaires, a cette fois-ci décidé de traiter le destin de trois émigrés africains à travers la fiction. Violette, Bouba et Mukela quittent leur pays, le Mali, pour tenter, comme bon nombre avant eux, l’aventure européenne. Ils vont alors parcourir plus de 2000 kilomètres, avant les 14 qui séparent l’Afrique de l’Espagne.
Vouloir montrer le trajet des émigrés africains dans l’avant Gibraltar, bien, choisir des acteurs non professionnels par soucis d’authenticité, bien aussi, filmer une Afrique, belle, colorée, diversifiée, infinie, sur un fond de musique comme on n’en entend pas assez souvent… tout ça je dis bien.
Ça c’est fait. Mais... Ce genre d’exercice nous rappelle aussi pourquoi il existe des professionnels, des gens pour qui, le cinéma est un réel métier quoi. Et c’est peut-être ce qu’il manque ici. L’image est parfaite, le son aussi (le film a d’ailleurs raflé des prix dans ces deux catégories au festival de Valladolid), le thème abordé est captivant malgré lui, quoi qu’on en dise, mais la mayonnaise ne prend pas vraiment, ou du moins elle prend son temps. On passe de scènes magnifiques, de réels plans cinématographiques, à des passages qui font d’avantage penser à un documentaire-téléfilm un peu trop brut, aux répliques évidentes.
Heureusement l’histoire finit par prendre le dessus, sujet oblige.
On se fait berner de la même manière que les personnages, sans n’avoir rien vu arriver, à en oublier les passages maladroits, en français, du début.
Le thème de l’immigration clandestine est décidément toujours aussi délicat à mettre en scène, la preuve ce mois-ci avec pas moins de trois têtes brûlées, dont Costa-Gavras et son
Eden à L'Ouest, qui tente l’expérience périlleuse du déracinement géographique, mais lui, possède le parachute cinématographique.
Joséphine Avril