Lorient
Dès que nous avons pris connaissance de ce fait divers, il nous a semblé à la fois intriguant, et très révélateur. Cela aurait pu, en effet, avoir lieu dans notre ville d’origine, Lorient : une cité ouvrière, presque entièrement détruite au cours de la seconde guerre mondiale, dont on a cru, dans les années cinquante, qu’elle deviendrait une ville d’avenir. Soixante ans plus tard, alors que le port et l’arsenal sont en crise, tous ces espoirs se sont évanouis. Lorient reste tournée vers son passé : celui où on l’appelait L’Orient, le comptoir d’où partaient les navires pour explorer le globe, ou, plus tard, la ville résistante, glorieuse au cours de la dernière guerre, dont les traces sont encore présentes partout. Cette ville offre peu de perspectives aux adolescents qui tournent en rond devant un horizon que l’on vient contempler, comme un avenir possible. Les adultes, les professeurs, la société dans son ensemble, n’ont pas su proposer à ces filles autre chose qu’une vie toute tracée à l’avance : un peu d’études, un travail, un mariage, et des enfants – dans cet ordre. Mais elles vont tout bousculer : elles veulent tout, tout de suite.