« J’ai rencontré Jon Keevil à Ventura, et il a très tôt fait partie de la petite équipe qui se battait pour rendre la production de
Bellflower possible. Le combat fut plus long que prévu, et Jon a dû rentrer au Canada dont il est originaire pour ne pas violer les lois de l’immigration, et ce, quelques jours à peine après le début du tournage. Nous perdions un des piliers créatifs du projet alors qu’il prenait enfin forme. Je restais néanmoins en contact avec lui et il aidait à distance autant que possible. Il déplorait avoir perdu un disque dur contenant ses enregistrements personnels – des chansons originales qu’il avait écrites et jouées. Je l’ai retrouvé tout de suite, mais tout occupé au tournage et à la production, je l’ai laissé chez moi plus d’un an. Un jour, pendant le montage, j’ai ressenti pour une séquence précise le besoin d’une illustration musicale. Je ne concevais pas de faire appel à la musique d’un inconnu pour illustrer cette séquence très personnelle. Le disque dur de Jon m’est revenu à l’esprit. L’idée de me plonger dans des centaines de maquettes n’était pas forcément excitante, mais je suis presque immédiatement tombé sur une chanson qui fonction- nait à merveille, au point que j’ai dû regarder la séquence 30 fois de suite, tant j’étais captivé. Je me suis mis à écouter tous les titres contenus dans le disque dur, y compris ceux qui n’étaient pas terminés, en ai sélectionné une poignée, dont je savais qu’ils finiraient tous dans le film.
Quelques jours après la fin du montage et l’intégration des musiques, j’ai pris conscience que j’abusais de la confiance de Jon, à qui je n’avais encore rien dit. Joint par téléphone, il ne s’est pas vexé, et m’a seulement demandé quelles chansons je préférais. Celles que j’ai désignées avaient été écrites après une rupture sentimentale qui l’avait amené à prendre la route pour le Mexique – voyage au cours duquel je l’avais rencontré, au moment où il traversait la Californie – et par laquelle il s’était reconnu dans le script de
Bellflower, avait eu envie d’aider etc... Les chansons faisaient à leur manière partie du projet dès l’origine et ne pouvaient avoir meilleure résonance avec le film. »
Evan Glodell