Ancien flic, ancien réalisateur télé,
Olivier Marchal avait fait des débuts timides au cinéma avec un
Gangsters à la sauce PJ et autre Commissaire Moulin.
36, malgré son casting de stars, pouvait donc avoir de quoi faire peur. On s'attendait presque à découvrir
Gérard Depardieu en Commissaire Maigret perdu dans la Crim' et discutant avec Madame Le Procureur.
Oui mais voilà,
Olivier Marchal a compris la leçon, et surtout, a trouvé ses cordes.
Gangsters sentait bon le téléfilm et s'enfermait dans un huit clos subversif ;
36 s'ouvre à l'extérieur et nous plonge la tête la première dans un monde qui pue l'injustice, la corruption, le mensonge et la trahison. La vue de
Gangsters demandait à voir la suite. Là voilà, elle s'appelle
36, Quai des Orfèvres, elle est dure, noire, glauque, et, c'est sans doute son pire et meilleur atout, très réaliste. Comme un uppercut en plein visage qui arrive sans prévenir.
Car le nouveau long métrage de
Olivier Marchal est un film âpre, corrosif et sans concession, qui peint au vitriol le portait d'une France et d'une police malade, corrompue jusqu'à la moelle, où la seule façon de s'en sortir est de tricher, de mentir, d'anéantir. Une réalité extrême à nous soulever les tripes, des acteurs surprenants et impeccables, des situations crédibles, un choix de mise en scène purement cinématographique, et des dialogues chiadés et percutants créent un ambiance palpable de mort, de pourriture, étonnamment émouvante, révoltante, à tel point que l'on ne sait plus vraiment distinguer le bien du mal, si l'on doit avoir se méfier des crapules ou bien des flics. Viscéral, violent, agressif, provocateur,
Olivier Marchal remue la boue la plus profonde et la plus sale de la justice française, crie haut et fort que toutes les situations de son film sont véridiques… Et malheureusement, on le croit.
Plus qu'une critique, le film résonne comme une fausse preuve d'un mal être ambiant. La peur prend alors doucement le pli sur l'horreur. Parce que ça arrive sûrement tous les jours, que beaucoup de monde le sait et que personne ne fait rien. Sale, noir et poignant,
36, Quai des Orfèvres, en plus d'être la plus grande surprise de cette fin d'année, sonne aussi le renouveau du polar à la française.
Aurélie Maulard