A cheval entre deux périodes, le film occupe une place à part dans l'oeuvre de Preminger. C'est le seul où l'auteur ait donné à un petit sujet, de caractère intimiste et tragique, les attributs - le scope, la couleur - qu'il réserve le plus souvent au traitement de grands sujets politiques et sociaux. Pour bien marquer la double nature un peu hybride du film, il a fait tirer en noir et blanc les séquences du récit qui se déroulent au présent. Les deux types de séquences (le passé en couleur, le présent en noir et blanc) sont unifiés par un commentaire off très important dans le film car il oriente à la fois sa structure et son contenu émotionnel et moral. Il projette l'héroïne et le film dans une sorte d'éternité glacée, et pourtant poignante pour le spectateur, où la narratrice revit et ressasse indéfiniment une histoire qui l'a fait sortir, sans doute irrémédiablement, de l'univers libre et insouciant de l'enfance-adolescence et de sa connivence avec son père.