"
Moby Dick fut de tous mes films le plus difficile à mener à son terme. J'y ai affronté tant de problèmes, essuyé tant de défaites, que j'en étais arrivé à penser que mon assistant me tirait dans les pattes. Puis j'ai compris que c'était Dieu qui s'acharnait contre moi et qu'il avait de bonnes raisons :
Achab voyait en la baleine blanche une incarnation du pouvoir divin, et ce pouvoir était malfaisant. Dieu prenait plaisir à tourmenter l'homme.
Achab ne niait pas Dieu mais le considérait comme un assassin : une pensée parfaitement blasphématoire. Le film, comme le livre, est donc un blasphème, et on peut admettre que Dieu se soit défendu en déchaînant contre nous ces ouragans et ces vagues énormes. Dans les illustrations du livre,
Achab est montré comme un illuminé. Je crois au contraire qu'il s'agit d'un capitaine quelconque, d'un homme plein de dignité et de force, qui se rebelle, avec toute sa raison contre Dieu. Il ne le fait pas avec rage ou par sorte de folie. Il voit le masque de la baleine comme étant celui de la divinité et voit en elle un être malin et rationnel venu tourmenter les hommes et toutes les autres créatures. Et
Achab est le noir champion de notre monde en lutte contre cette force omniprésente et asservissante."