Tian An Men. Pendant six semaines, entre avril et juin 1989, la Chine entière vit au rythme de la grande place pékinoise. Un incroyable vent de liberté souffle sur la ville et sur l’empire du milliard. Un souffle inédit, qui fait chanceler les caciques du parti, une montée de désir libertaire, une danse du bonheur, où étudiants, parents, ouvriers, employés, se donnent la main pour s'ouvrir au monde. Sur la place de quarante hectares, sous des tentes de fortune et abris de bâches, mer de drapeaux rouges et de parasols, résonnent des mots d’émancipation, claquent des bannières aux mots d’ordre insolents. Des milliers de poitrines juvéniles chantent et les cris du coeur, élections libres, démocratie, libertés, volent jusqu'au coeur de la Cité interdite. Le peuple y croit, envoie ses porte-étendards, écoute certains démocrates du parti, dont Zhao Ziyang, encourager la sarabande audacieuse. Les grandes murailles vacillent, le dogme chancelle, la Cité interdite frémit.