Un génocide dans l'indifférence
Un film de Jean-christophe Klotz
Genre : Documentaire - Duree : 1H34 mn
Distributeur : Sophie Dulac Distribution
Sortie en salles le 15 Novembre 2006
Année de production : 2006
Présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes le 21 Mai 2006
Résumé du film Kigali, Des Images Contre Un Massacre
Juin 1994. Kigali, capitale du Rwanda, est livrée aux massacreurs des milices extrémistes hutu et de l’armée rwandaise. Lors de l’attaque d’une paroisse où sont retranchés une centaine de réfugiés, l’auteur, à l’époque reporter-caméraman, est atteint d’une balle à la hanche. Dix ans plus tard, il retourne sur les lieux pour retrouver la trace des éventuels survivants et de ses éphémères « compagnons de route ». A partir de ce fil conducteur, ce film propose une réflexion sur le traitement médiatique et politique de tels événements.
5 vidéos : Kigali, Des Images Contre Un Massacre
Critiques : Kigali, Des Images Contre Un Massacre
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Télérama
" En réalisant ce documentaire poignant, Jean-christophe Klotz ne cherche pas à apporter de réponse (…) "
Mathilde Blottière (article entier disponible sur le site de Télérama) -
Score
" La leçon tape fort. "
Audrey Zeppegno (article entier disponible dans Score n°23, page 107) -
Studio Magazine
" (…) Formidable documentaire (…). "
T.B. (article entier disponible dans Studio n°228, page 34) -
Les Cahiers du cinéma
" Des images, un massacre. Triste côte à côte."
Charlotte Garson (article entier disponible dans Les cahiers du cinéma n°617, page 36). -
Elle
" Un documentaire qui réveille notre indignation, et aussi une forme de culpabilité. "
Florence Ben Sadoun (article entier disponible dans Elle n°3176, page 52)
Critique Cannoise : Kigali, Des Images Contre Un Massacre
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Télérama
" Le contraire d'un documentaire gnangnan: une réflexion profonde et grave, au contraire, sur un cinéaste filmant l'horreur."
P.M. (article entier disponible sur le site de Télérama)
Les avis sur le film Kigali, Des Images Contre Un Massacre
Note d'intention du réalisateur
Le 8 Juin 1994, un événement est venu bousculer ma vie. Alors que j’avais tourné plusieurs reportages pour tenter d’alerter l’opinion sur les massacres commis par les extrémistes hutus du Rwanda, je fus moi- même pris dans l’un de ces massacres, à Kigali. Grièvement blessé à la hanche, je ne dois mon salut qu’à la providence, et au fait que j’étais journaliste occidental.
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Entretien avec Jean-Christophe Klotz, réalisateur
Dans quelles circonstances avez-vous tourné au Rwanda, en 1994, les images qui sont au cœur de votre film ?
J’étais un « journaliste reporter d’images » à l’agence Capa. Entre 1987 et 1994, j’avais « couvert » notamment les révolutions en Europe de l’Est, puis la guerre en ex-Yougoslavie. Mais petit à petit, je voyais les agences indépendantes entrer dans des logiques d’entreprise, toujours plus éloignées de l’artisanat et relevant davantage d‘un processus industriel. Nous étions devenus des sous-traitants, travaillant dans une sorte de schizophrénie, où nous essayions de faire notre métier honnêtement tout en nous conformant à une demande qui tirait dans un autre sens. Malgré tout, j’avais l’impression de pouvoir garder mes distances avec la télé-spectacle et sa manière de substituer l’émotion à l’information. Mais j’étais aussi conditionné par la recherche du scoop, et quand le génocide a débuté au Rwanda, en avril, c’est ce réflexe qui m’a donné envie d’y partir. De façon assez symptomatique, on avait commencé à Capa par tourner un « 24 heures »* sur les expatriés évacués et leur première journée en France. C’était un moyen, croyions-nous, de parler de ce qui se passait. C’est dire à quel point on était à côté de la plaque. Mais j’ai compris, en parlant avec ces gens, qu’il se passait quelque chose d’une dimension terrible. J’ai appris aussi que deux Français étaient restés sur place, dont un prêtre, le père Blanchard, qui protégeait des civils, dont de nombreux enfants – et la télévision aime les enfants. Bernard Kouchner voulait se rendre sur place pour tenter de mettre fin aux massacres, et il savait que sa visite ne prendrait une portée publique que s’il y avait une caméra pour la relayer à l’opinion. Il a proposé de m’emmener. Lors d’une halte dans un village, j’ai commencé à filmer. Il y avait des corps disséminés dans l’herbe, et un homme nous a guidés jusqu’à une école, me demandant de continuer à tourner. Mais je n’ai pas pu. L’école était pleine de cadavres, hommes, femmes et enfants massacrés. C’est le premier instant pour moi où le mythe de l’image s’est écroulé. On avait su ce qui allait se passer, mais on avait quand même retiré les troupes de l’ONU, on avait laissé faire sciemment. Et maintenant, il me restait à filmer tous ces morts.
J’étais un « journaliste reporter d’images » à l’agence Capa. Entre 1987 et 1994, j’avais « couvert » notamment les révolutions en Europe de l’Est, puis la guerre en ex-Yougoslavie. Mais petit à petit, je voyais les agences indépendantes entrer dans des logiques d’entreprise, toujours plus éloignées de l’artisanat et relevant davantage d‘un processus industriel. Nous étions devenus des sous-traitants, travaillant dans une sorte de schizophrénie, où nous essayions de faire notre métier honnêtement tout en nous conformant à une demande qui tirait dans un autre sens. Malgré tout, j’avais l’impression de pouvoir garder mes distances avec la télé-spectacle et sa manière de substituer l’émotion à l’information. Mais j’étais aussi conditionné par la recherche du scoop, et quand le génocide a débuté au Rwanda, en avril, c’est ce réflexe qui m’a donné envie d’y partir. De façon assez symptomatique, on avait commencé à Capa par tourner un « 24 heures »* sur les expatriés évacués et leur première journée en France. C’était un moyen, croyions-nous, de parler de ce qui se passait. C’est dire à quel point on était à côté de la plaque. Mais j’ai compris, en parlant avec ces gens, qu’il se passait quelque chose d’une dimension terrible. J’ai appris aussi que deux Français étaient restés sur place, dont un prêtre, le père Blanchard, qui protégeait des civils, dont de nombreux enfants – et la télévision aime les enfants. Bernard Kouchner voulait se rendre sur place pour tenter de mettre fin aux massacres, et il savait que sa visite ne prendrait une portée publique que s’il y avait une caméra pour la relayer à l’opinion. Il a proposé de m’emmener. Lors d’une halte dans un village, j’ai commencé à filmer. Il y avait des corps disséminés dans l’herbe, et un homme nous a guidés jusqu’à une école, me demandant de continuer à tourner. Mais je n’ai pas pu. L’école était pleine de cadavres, hommes, femmes et enfants massacrés. C’est le premier instant pour moi où le mythe de l’image s’est écroulé. On avait su ce qui allait se passer, mais on avait quand même retiré les troupes de l’ONU, on avait laissé faire sciemment. Et maintenant, il me restait à filmer tous ces morts.
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