La prison
La première fois que j’ai été en contact avec la prison, c’est à travers l’histoire d’un ami qui a été incarcéré pendant plusieurs mois. Je suis allé le voir au parloir chaque semaine et j’ai également passé beaucoup de temps avec sa femme. Je me suis ainsi retrouvé témoin d’un couple qui, à cause de la prison, découvrait la frustration et se trouvait confronté à la difficulté de faire perdurer l’amour. J’ai été particulièrement frappé par tout ce que m’a raconté cette femme : le poids de chaque geste et de chaque regard au parloir, comment le désir parvenait à y circuler malgré l’interdiction formelle de se toucher, l’importance de certains rituels comme celui, hebdomadaire, du linge de son mari qu’elle lavait puis lui portait ensuite. Quelque temps après, j’ai réalisé un documentaire sur une gardienne de prison. Je me suis retrouvé immergé dans une Maison d’Arrêt avec une assez grande liberté de déplacement. À travers les conversations que j’ai eu avec les détenus, j’ai pu recouper les premières impressions ressenties avec l’histoire de mes amis : la frustration générée par la prison ne produit pas autant de perversité qu’on pourrait le penser, elle amène surtout les couples à faire preuve de beaucoup d’imagination pour maintenir le lien entre eux. Il faut savoir que la moitié des détenus se sépare de leur compagne au cours de leur première année d’incarcération. Si certains veulent ainsi permettre à leur femme de refaire sa vie, beaucoup expliquent qu’il est moins douloureux de rompre que d’imaginer leur épouse avec un autre homme.