Dans les années 60, les enfants rebelles du cinéma français, Truffaut, Godard and co avaient fait exploser le 7e art avec leurs nouvelles techniques délicieusement imparfaites mais résolument révolutionnaires. Quarante ans plus tard,
Benoît Jacquot fait un retour en arrière vers cette Nouvelle Vague sans âge, et rend hommage à toute une génération désabusée, de la femme enfant endimanchée en mal de sensations fortes aux gamins en blouson noir victimes de la société - tous ces jeunes gens perdus prêts à tout pour un peu d'exotisme - quitte à prendre unS peu de risque. Après SADE, TOSCA, et plus récemment ADOLPHE,
Benoît Jacquot continue donc son incursion dans "la légende des siècles", de s'immerger totalement dans son histoire, de faire la part belle à ses acteurs - tout en utilisant cette fois-ci les techniques chères à la Nouvelle Vague (noir et blanc, caméra à l'épaule au plus prés du réel, montage chaotique parfois illogique).
Mais ce qui passait à l'époque pour un geste de rébellion ressemble aujourd'hui à un cantonnement avoué dans la norme obligée du cinéma français. Un cinéma qui cultive les non dits, les ellipses, la lenteur, qui laisse parler le silence ou parle pour ne rien dire, et qui va finir par s'étouffer lui-même à oublier les actions pour s'éterniser sur la passivité et la lassitude de ses personnages. Même
Isild Le Besco finit par énerver dans son rôle de fille amoureuse à (se laisser) mourir, tant son jeu (pourtant très bon) met en valeur la naïveté de l'héroïne.
Avec A TOUT DE SUITE,
Benoît Jacquot rajoute donc une pierre à l'édifice du cinéma français - une pierre belle et bien comme il faut, conforme à toutes les règles de la bienséance. Certains y verront l'apologie d'un cinéma mythique, d'autres la version longue d'une publicité bien connue pour une marque de céréales qui se demande si elle a déjà regarder le plafond, Annia. Sorte de Bonnie and Clyde version cinéma de genre et sans aucune violence, A TOUT DE SUITE devrait incontestablement plaire aux inconditionnels du cinéma français pur souche - et sûrement déplaire à ceux qui rêvent de nouveauté. "J'attendais, j'attendais, j'attendais" répète-t-elle au long du film. Nous aussi. Mais il ne s'est (pratiquement) rien passé…
Aurélie Maulard