Et si…
Et si on laissait résonner chaque geste, chaque regard comme une bizarre note de musique, pour une mélodie qui parlerait à tous, mais qu’on serait seul à entrevoir ? Et si on croyait dur comme fer tout était possible ? Et si on se laissait piéger par nos idéaux ?
Et si on faisait confiance à
Julie Taymor ? Et si on la laissait nous prendre par la main et nous entraîner dans son onirique
Across The Universe ?
Après un
Titus shakespearien incroyablement échevelé (et très remarqué) et une
Frida doucement lyrique,
Julie Taymor (également responsable de superbe spectacle
Le Roi Lion) nous a habitués à un univers visuel d’une liberté baroque étonnante et séduisante en diable.
Cette fois, la réalisatrice ne s’attaque plus à une grande figure de l’Art, mais à l’histoire touchante de deux ados pris dans le tourbillon des années 60, de l’insouciance de la libération sexuelle au vertige du Vietnam et de la prise de conscience politique. Le tout sur un score des Beatles. Rien que ça. Ce pitch pourrait être des plus effrayants, annonçant une avalanche de bons sentiments et de guimauve… Le film remet rapidement les choses à leur place et fait de
Across The Universe un des longs-métrages les plus exaltants de la fin d’année 2007.
Tel un livret d’opéra,
Across the Universe déroule ses tableaux, tous plus originaux les uns que les autres (à ce titre, la scène du « recrutement militaire » est tout bonnement géniale), déployant une énergie pop, une imagination de mise en scène sans borne et une audace picturale comme on en a rarement vues ses dernières années dans un film dit « grand public ».
Un matériau de départ (les tubes des Beatles) en or, de jeunes acteurs qui en veulent et un chef d’orchestre sans complexe nous offrent tout simplement un feu d’artifice jouissif et (et !) émouvant.
Pas la peine d’en dire plus, les images parleront d’elles-mêmes…
Eléonore Guerra