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Famille de France, l’influence néfaste des contenus Internet sur les jeunes générations, semble être le thème principal du nouveau film d’
Antonio Campos. Mais ce ne serait pas rendre justice au cinéaste de réduire ainsi le propos de son film. Ce thème n’est qu’un constat de départ qui lui permet d’aborder l’hypocrisie d’un microcosme bourgeois bien à l’abri derrière les confortables certitudes d’une morale puritaine. Le réalisateur y oppose la virginité du regard d’un jeune adolescent en quête de repères et d’identité.
Robert est un lycéen pensionnaire d’un prestigieux établissement américain. Environnement aseptisé, bon ton de rigueur, psychologue obligatoire et camarade de chambre exaspérant, Robert s’évade sur Internet en visionnant des vidéos amateurs violentes et à caractère pornographique. Fasciné par ses « tranches de vie » virtuelles, il rejoint l’atelier audiovisuel du lycée. Un monde parfait qui s’écroule quand cette communauté harmonieuse est giflée par la mort des jumelles les plus populaires du lycée. Détail infamant pour la vénérable institution, les deux élèves modèles ont été victimes d’une overdose. Une mort filmée par hasard par Robert, qui, au passage, prend de plein fouet une réalité jusque-là fantasmée sur le Net. Bouleversant la vie quotidienne du pensionnat, la direction décide de réagir en durcissant le règlement et en entamant parallèlement un deuil collectif. Robert, chargé de réaliser un film-hommage, va recueillir différents témoignages. Le résultat,
un film à première vue bâclé, mais d’un grand naturalisme qui révèle l’envers d’un décor soigneusement dissimulé par le monde des adultes.
Campos nous livre un portrait d’une adolescence désorientée par l’apprentissage des habitus de la vie en « bonne » société où la violence et la sexualité sont systématiquement épurées par une hypocrisie omniprésente. Face à ces messages contradictoires, Robert évolue dans un mutisme malsain qui dérange, tant il semble se délecter de ce trop plein de réalité.
Le réalisateur sublime cette adolescence grâce à une mise en scène magnifique de sobriété et un rythme instaurant une ambiance écrasante. Dans ses intentions, Campos conviait le spectateur à s’interroger sur notre société et l’adolescence incarnée par Robert. Pari réussi.
Xavier Lalu