Justin a 17 ans et il suce encore son pouce. Drôle de souci, mais est-ce vraiment le nœud du problème ? Justin a 17 ans et voudrait passer à l’âge adulte, mais il ne sait pas très bien comment s’y prendre. Elève intelligent, timide et discret, il est aussi sacrément paumé et empoté. Ses parents aimeraient bien l’aider, mais entre espoirs de jeunesse brisés et rêves de paillettes, ils semblent encore plus perdus que lui. Les filles ? Un fiasco. Comment échapper à ce vague à l’âme insidieux ? Et si les pilules miracles du médecin scolaire étaient la solution ?
Peu démentiront un adage bien connu : l’adolescence est généralement la pire période de l’existence. Entre les humiliantes transformations physiques, les profs qu’on déteste, les premiers émois, la course à la popularité ou tout simplement à la normalité, … l’expérience a beau être mémorable, elle n’en demeure pas moins éprouvante.
Si le sujet est universel, il semble sérieusement turlupiner le cinéma indépendant américain (ainsi que les séries télévisées). Au fil des ans – et des styles – des films comme
Bienvenue Dans L’âge Ingrat,
Napoleon Dynamite (kitschissime),
Ghost World (étonnant) ou
Garden State (brillant) ont tenté de cerner une jeunesse en crise. Le Festival de Sundance 2005 a déniché la nouvelle perle du genre :
Age Difficile Obscur (ADO), écrit et réalisé par
Mike Mills d’après « Pouce » de Walter Kirn.
Pour un premier long-métrage – après une série de courts remarqués – Mills réussit le tour de force de s’entourer d’un casting en or massif (
Keanu Reeves,
Vince Vaughn et le génial
Vincent D’onofrio) et délivre, grâce à une maîtrise visuelle étonnante (le larron a fait ses armes comme graphiste), une critique suavement grinçante des valeurs sacrées américaines. Famille, éducation, normalité, esprit de compétition, etc. tout vole lentement en éclats dans une banlieue engluée et dangereusement « engluante »… Une sorte d’anti-paradis létal. La photo, tantôt réaliste tantôt ouatée, contribue largement à rendre l’aventure humaine de Justin (
Lou Pucci, une révélation) universelle et presque sociologique.
Si en plus, on vous dit que
Keanu Reeves incarne un orthodontiste chevelu aux tendances « New Age »… Que faites-vous encore là ?
Eléonore Guerra