Agnus Dei - l’agneau de Dieu - symbolise pour la religion chrétienne une expiation des péchés, le sacrifice et la rédemption.
Pour la jeune réalisatrice
Lucia Cedron, dont c’est ici son premier film, ces thèmes sont au cœur de son propos. Elle nous donne à voir à travers l’histoire personnelle d’une famille argentine la grande histoire de son pays. Le film alterne entre présent et passé, entre réalité et souvenirs, de la junte militaire de 1978 jusqu'à à la crise économique qui frappa l’Argentine en 2002.
La mise en scène est surprenante de maîtrise. Les souvenirs et le réel ne sont pas hachés, mais s’imbriquent entre eux dans le film à la perfection, en une alternance de lumière chaude et froide. Si ce procédé est un peu déroutant au départ, nous nous laissons porter au fur et à mesure par les réminiscences des trois générations d’
Agnus Dei. La petite fille d’abord, Guillermina, devenue une jeune femme et ayant décidé de vivre dans son pays, Teresa, la fille, de retour sur son sol natal pour s’occuper de son père et ayant refait sa vie en France, et enfin Arturo, le grand-père, perdu dans son propre pays, rongé par les remords.
Le terrible destin de cette famille qui porte en elle le poids de l’Histoire à travers ses lourds secrets, presque à la manière d’une tragédie antique, est magistralement interprété. Les acteurs nous font tous ressentir la palette des émotions, de l’amour fusionnel jusqu’au mépris haineux, qu’une famille peut éprouver. Teresa, interprétée par
Mercedes Moran – une star en Argentine – est magnifique, hésitant à vivre le présent, à quitter ses souvenirs qui la rongent mais qui sont un de ses derniers liens avec le passé, et son amour perdu.
Les deux temporalités du film se font sans cesse écho, comme pour nous rappeler que si le temps passe, certaines choses sont immuables. La violence des militaires qui souhaitaient le pouvoir à la fin des années soixante-dix se retrouve aujourd’hui dans la brutalité des ravisseurs qui enlèvent au coin des rues un père pour des raisons économiques.
Cependant
Lucia Cedron ne nous montre pas un constat désespéré de la société argentine. Elle reste lucide sur les difficultés qui la traverse, mais à travers le récit de cette famille qui se retrouve, qui tente de se comprendre et de se pardonner, on sent que le film porte en lui l’espoir d’une réconciliation des générations de ce pays et d’un pardon pour les fautes du passé.
Marianne Fakinos