Le premier plan séquence devant l’entrée d’un salon de coiffure nous oblige à questionner le lieu d’action : sommes-nous bien dans une cité, comme laisse entendre l’affiche, ou en Afrique ? Si la première réponse est bien sûr la bonne, ce petit détail dévoile d’emblée les thèmes qui vont s’emmêler dans le film : le communautarisme, la banlieue, l’amour, la vie.
C’est l’été de la canicule. Sonia, maman de quatre enfants, va marier sa jeune fille. Après une bagarre familiale, son mari décède d’une crise cardiaque devant ses yeux. Avec la complicité de son vieil homme de voisin, Robert, elle va enterrer son mari dans la cave, expliquant à ses enfants qu’il est reparti en Afrique…Et leur vie va reprendre avec ses hauts et ses bas.
Ce film est très étrange, de part par sa structure narrative. Les tranches de vies réalistes se mélangent à des personnages caricaturaux et une trame à l’allure de fable. Si l’élément perturbateur est très original, garantissant un léger mais savoureux goût d’humour noir, il n’apporte à vrai dire rien au film, à part justifier une rencontre entre Sonia, jouée par
Félicité Wouassi, et Robert. La relation entre les deux personnages est d’ailleurs le principal attrait du film de
François Dupeyron.
Claude Rich, qui incarne Robert, est absolument époustouflant dans ce rôle d’un vieillard abandonné, qui ose croire à l’arrivée de Cupidon quand Sonia laisse le corps de son mari chez lui. Cette dernière tente d’aider ce vieil homme, sans vouloir briser son cœur fragile. Les personnes âgées ne sont d’ailleurs que les uniques habitants blancs de cette cité.
Dupeyron reprend trop de clichés associés à la banlieue : famille dysfonctionnelle, fils dealer, fille enceinte, jeunesse désabusée… L’originalité du film vient heureusement du personnage de Sonia, incarnant une mère digne et majestueuse : elle essaye tant bien que mal de sourire et surtout de survivre au travers d’une existence particulièrement morose. Son regard perce le spectateur, qui en ressort heureux d’avoir vu une jolie histoire confirmant que, contrairement aux films, la vie ne s’achève qu’à la mort.
Nicolas Ferminet