
Aime ton père, aime les Depardieu, aime tout le monde. Et aime surtout ce DVD, parce qu’il le veut bien. Parce que
Jacob Berger mêle à loisir image de grand ensemble et son trop plein d’évasion, et gros plans chargés d’émotion, le tout baignant dans une lumière étrange, vaporeuse, quasi fantomatique, à la limite du réel. Comme un voile blanchâtre délicatement posé sur les visages marqués des acteurs. Déjà bien visible dans le film, la transcription sur support numérique n’a en rien altéré ce mélange efficace.
La sauce a également pris, et bien pris, du côté du son. On laisse échapper un petit sourire en prenant connaissance du menu choix audio : une main tournant doucement le volume d’un autoradio…
Dès le générique, il y a cette musique un peu étrange, un peu angoissante, qui crée une tension avant même que quelque chose ne se soit passé. On reste pendu à leurs lèvres, à l’action, on sait en notre for intérieur que quelque chose va se passer… Mais quoi ? Quand ?
Et ce "quelque chose" qui nous turlupine tout au long de la première partie nous est expliqué, pas à pas, quasi image par image dans un bonus loin des suppléments traditionnels : une série de séquence commentées par le réalisateur et le compositeur, qui deviennent, pour un temps, observateurs de leur œuvre.
Ils se présentent et nous parlent à nous, simples spectateurs peu habitués au regard caméra, devenant des témoins. Témoins de leurs émotions, de leur travail, de leurs peurs, de leurs angoisses, de leurs recherches, de leurs secrets. On sait tout sur la lumière, la musique, la mise en scène. Les images défilent sous nos yeux, les paroles se complètent sans jamais se répéter, se concurrencer ou chercher à se mettre en valeur.
La conférence de presse a également ce quelque chose de peu banal. Bien sûr, le son n’est pas très bon puisque qu’en prise directe dans une salle à l’écho surpuissant. Bien sûr, l’image est en plan fixe, assez éloignée de la table, nous gratifiant des dos des trois premiers rangs. Mais qu’importe, elle a au moins le privilège de sortir du commun, de la traditionnelle interview programmée à l’avance et coupée au montage.
Et surtout, elle nous met pour un temps dans la peau d’un de ses journalistes privilégiés, nous conférant un statut hors du commun. On nous donne la chance de rentrer dans l’intimité de la promotion d’un film, de sa présentation lors d’un festival. Et puis, il y a
Guillaume Depardieu, lunettes et chapeau de cow-boy blanc, cigarette à la main, la voix tremblante, les larmes aux yeux et les propos poignants. Cette histoire, c’est celle de mon enfance. Mais ça tout le monde le savait. Peut-être, mais comme on dit, l’avouer à quelqu’un, ça soulage. Merci que ce quelqu’un, ce soit tombé sur nous.
Alors on fait comme les journalistes, on se lève et on applaudit.
Aurélie Maulard