Un homme et une femme en fuite se retrouvent sur une barque, au fil de l’eau, au cœur d’une forêt. De quelle expérience s’agit-il ?
En descendant la rivière, Bruno et Isabelle remontent en eux-mêmes, jusqu’à atteindre quelque chose de primitif, d’originel, quelque chose de l’enfance. La notion du temps disparaît, le jeu se confond avec la réalité, c’est un présent éternel. Ils vivent une liberté sans limites, il n’y a plus ni passé, ni anticipation. Je ne parle pas d’un paradis perdu mais d’une expérience qui est potentiellement en chacun de nous, qui est juste à redécouvrir. Au-delà de ces considérations, c’est le couple qui m’intéresse, ce couple-là. Comment Bruno initie Isabelle au présent, comment Isabelle lui offre sa vitalité, son aspiration au bonheur. Mais cet état de grâce atteint forcément sa limite. Sans doute plus que Bruno, Isabelle n’ignore pas qu’aucun couple ne peut se suffire à lui-même. Je n’ai pas du tout une vision romantique de l’amour, je tiens à rester lucide sur la question ! (rires). Je me souviens que nous nous sommes perdus lorsque, pour des repérages, j’ai emmené dans cette forêt
Laurent Desmet, le chef-opérateur du film. Elle a beau ne pas être très étendue, cette forêt, c’est un vrai labyrinthe de végétation très dense, parsemé de cours d’eau, de mares infranchissables, et dépourvu de chemins. Nous suivions fidèlement la carte IGN à la recherche d’un lieu précis que j’avais déjà repéré, et pourtant nous tournions en rond, et l’endroit semblait avoir disparu. C’était une expérience très troublante. Laurent a baptisé cette forêt Brigadoon, en référence au film de Minnelli, avec ses villageois d’un autre temps qui réapparaissent une fois par siècle. C’est un film qui fait cohabiter deux mondes, deux temporalités dans le même espace. C’est la même chose dans Au voleur : le couple accède à une autre dimension temporelle.