Dans
Baby Blues, Alexandra et Fabrizio sont un couple heureux, ensemble depuis une dizaine d’années. Heureux ? En apparence. Alex va obtenir une promotion, et les deux amoureux pourront s’envoler avec leur basset pour New York. Sauf qu’Alex ne sait pas si c’est ce qu’elle veut vraiment. Elle consulte un psy, en cachette, depuis deux ans, et voudrait avoir un enfant. Mais Fabrizio ne veut pas. Face à la nervosité et à l’agressivité croissante de sa compagne, il commence à avoir des tics nerveux, et décide donc de consulter un psy, en cachette. Qui s’avère être aussi celui d’Alexandra.
Voilà donc qui annonce un film fondé sur le quiproquo et les incompréhensions en tout genre. Un film héritier d’une tradition qui remonte au vaudeville et au Théâtre de Boulevard, qui étaient, à leur époque, les divertissements par excellence. On s’attend donc à rire dans cette comédie de
Diane Bertrand. C’est là que le bât blesse. On sourit, souvent, on rit, parfois.
Il manque à la comédie un rythme enlevé et léger qui aurait réellement fait passer le film de la simple comédie existentielle à un vrai vaudeville, dans lequel des situations réellement hilarantes auraient pu se produire. Les quiproquos entraînent bien des situations cocasses, mais il aurait peut-être fallu plus de vivacité dans le récit et dans la mise en scène, peut-être un peu plus d’exagération dans les situations, pour que le vaudeville (qui fonctionne principalement sur le burlesque) prenne.
Mais cette faiblesse est aussi peut-être aussi la force du film. Car
il est empreint d’une tendresse perceptible. Les personnages sont attachants et émouvants. Karin Viard est formidable d’énergie et de mélancolie,
Stefano Accorsi est juste en homme perdu par les désirs inexprimés mais évidents de sa femme.
Valérie Benguigui est absolument géniale en psy qui devient aussi névrosée que ses clients, qui transforme son acuponcteur (tortureur) en psy personnel. Même le basset est génial en chien déprimé !
Plutôt que de faire une comédie bien marrante et peut-être lourde,
Diane Bertrand a préféré privilégier le côté affectueux du film, nous plonger dans les doutes d’un couple en crise, mais qui n’ose pas résoudre réellement le problème face à face, et nous montrer comment cette psy se retrouve complètement partagée entre ses deux clients, et incapable de les aider comme elle le souhaiterait.
Baby Blues est un film très sympathique, une comédie sans prétention (et qui l’assume), porté par de très bons acteurs. C’est surtout un film qui porte un regard tendre sur ses personnages. On regrette qu’il lui manque la petite étincelle de folie qui lui aurait aussi donné une réelle dimension comique, tout en lui faisant conserver sa douceur mélancolique.
Anne-Louise Echevin