Rodée au documentaire,
Djamila Sahraoui s’est régulièrement attachée à regarder son pays à la loupe en analysant la société algérienne.
Barakat ! amorce un virage pour la réalisatrice qui tourne ainsi sa première fiction. Le ton n’en demeure pas moins engagé. Pour ce premier essai, elle se replonge en effet dans la période troublée des années 1990, celle de la guerre civile. Disparitions arbitraires, couvre-feu, pénuries, etc. La jeunesse algérienne – incarnée par Amel – est désabusée. Le salut viendrait-il des femmes ?
Engagée,
Djamila Sahraoui l’est. Pourtant, elle semble ici se refuser à vouloir forcer le trait : la guerre civile est présente mais à peine esquissée, les obstacles sont plus ressentis que montrés à l’écran, … Le propos est ailleurs. Ici, point ou peu de politique, mais plutôt une prise de conscience humaine à travers l’odyssée initiatique de deux générations de femmes – celle de l’Indépendance et sa « descendante ». En partant à la recherche de son mari, Amel va aussi bien (re)découvrir son pays et ses racines (notamment auprès du vieil homme de la montagne) qu’elle va se redécouvrir elle-même.
On ne le nie pas : ce portrait de femmes, porté par deux actrices excellentes, est poignant. Malheureusement, la lenteur du rythme et les trop nombreuses étapes symboliques finissent par alourdir le film, perdant du même coup la tension initiale. Le contexte devient presque secondaire et le « barakat ! » (« ça suffit ») lancé en conclusion perd de sa force. Dommage.
Eléonore Guerra