Résumé du film Blue Gate CrossingKerou a 17 ans, elle est lycéenne. Comme d'autres jeunes filles de son âge, elle se cherche. Rêveuse, elle doute d'elle-même et regrette l'insouciance de l'enfance.
Shihao est un jeune garçon séduisant et un peu rebelle, les filles l'adorent. Yuezhen, la meilleure amie de Kerou en est folle amoureuse. Si Shihao pense surtout à gagner les championnats de natation de l'école, il est aussi très attiré par Kerou dont le comportement l'intrigue.
Un jour Kerou le rejoint à l'entraînement et là, elle se décide à parler. Ce qu'elle lui révèle va le bouleverser et les deux adolescents vont ensemble goûter à l'âge adulte.
NOTE D’INTENTION :
"Les films taiwanais traitent souvent des jeunes mais rarement de leur sexualité. J’ai voulu parler de la jeunesse urbaine middle class, ancrée dans les années 2000.
Ces jeunes gens sont rebelles, naïfs, voient les choses frontalement et agissent de façon impulsive surtout quand il s’agit d’amour. J’ai souhaité les accompagner dans cette recherche d’eux-mêmes, en particulier dans leur incertitude sexuelle, et ne pas donner de leçon, seulement m’en approcher, montrer des jeunes qui vivent l’instant présent. Ce qui leur arrive va plus ou moins influencer leur avenir. BLUE GATE CROSSING, ce sont ces portes que chacun doit passer chaque jour."
L’AVIS DE LA REDACTION :
Dans la série, désormais bien connue, “Contes de la Chine moderne”, BLUE GATE CROSSING nous vient de Taiwan. Yee Chih-yen nous raconte l’histoire de deux jeunes adolescentes confrontées pour la première fois à l’amour et à la sexualité. L’une est amoureuse d’un jeune garçon de son lycée, mais n’ose pas déclarer sa flamme, tandis que l’autre est très attirée par sa camarade, et vit assez mal ce penchant saphique, dans une société où l’homosexualité est encore très mal perçue et largement taboue.
Ne vous fiez pas trop aux apparences, si le film reste assez naïf, voire un peu candide, il n’en est pas frivole pour autant. Nous sommes sur cette fameuse ligne de passage, toujours incertaine et périlleuse, entre l’enfance et le monde adulte, " la traversée du pont bleu ", pour paraphraser la métaphore du titre. Le réalisateur nous soumet un portrait léger, volatil, de l’adolescence taiwanaise, à la fois romantique et timorée, et en même temps pleine d’interrogations et d’envies refoulées. La quête identitaire est bien perçue et restituée avec beaucoup de justesse.
Sur un sujet de plus en plus fréquemment traité par les cinéastes asiatiques (la ressemblance avec Memento Mori, récent film coréen, est assez frappante, le fantastique en moins), BLUE GATE CROSSING, n’apporte pas vraiment un regard neuf, mais se laisse voir sans complexe.
Laurence Berger
ENTRETIEN AVEC Yee Chin-yen :
C’est dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2002 - que l’on a pu découvrir Blue gate crossing qui est votre deuxième film, auparavant vous aviez réalisé Lonely Hearts Club.
"Oui, et c’était déjà un film sur Taipei, sur des gens seuls dans la ville. J’y suivais huit personnages en 72 heures, comment ils en venaient à se croiser, comment ces membres de la classe moyenne urbaine trouvaient leur identité. En un sens, Blue gate crossing est la continuation de ces thèmes, mais resserrés sur moins de personnages."
Blue gate crossing est aussi un film sur les difficultés de communication, du langage au contact des corps…
"Oui, bien sûr, mais comme part de cette quête d’identité qui caractérise mes personnages. A 17 ans, on se cherche, et on tente dans un premier temps d’identifier la nature des problèmes auxquels on est confronté, avant d’essayer par la suite d’y répondre. C’est déjà un grand pas de parvenir à en parler avec les autres."
On a du mal à imaginer que la jeunesse taiwanaise est confrontée aussi tardivement à la sexualité. Vos héros ont 17 ans, et ils sont encore très émus lorsqu’ils parviennent à se tenir la main.
"C’est vrai, mais cela dépeint assez bien la réalité de ces jeunes gens. Je dirais qu’au moins 70% des adolescents taiwanais n’ont pas encore découvert le sexe à 17 ans. A cet âge là ils passent leur examen d’entrée à l’université, et pour la plupart d’entre eux, ils sont tellement polarisés sur cet objectif que tout le reste est retardé jusqu’à 20 ans. Pour eux, cet examen est une sorte de porte, un passage. Certains sont plus précoces, mais ils sont minoritaires, contrairement à ce qui peut se passer en Europe. A mon époque, il y a une petite dizaine d’années, le passage à l’acte était encore plus tardif, aux alentours des 25 ans."
D’où ce côté “romantique” parfaitement assumé ?
"C’est vrai. Chez nous, tout est plus romantique. Les adolescents aiment les “TV drama” à l’eau de rose. Les Taiwanais vivent très tard chez leurs parents, certains jusqu’à 40 ans. Or, la première expérience sexuelle, c’est aussi une déclaration d’indépendance vis-à-vis des parents, une façon de leur dire au revoir. Un fait qui ne trompe pas : les plus grandes vedettes pop à Taiwan sont les plus inoffensives sexuellement, les moins agressives. Les stars masculines sont relativement asexuées, des princes charmants peu virils. Des “Britney Spears” ou des “Madonna”, ne se sont jamais tellement imposées chez nous."
Bien qu’on la sente perturbée on est surpris par la franchise avec laquelle Meng Kerou assume son trouble face à son éventuelle homosexualité…
"Là encore, la différence avec l’occident est considérable. A Taiwan, les meilleures écoles ne sont même pas mixtes, d’où une autre forme de promiscuité. Mes amis américains sont choqués de voir les filles se tenir la main dans la rue, sans que ce soit une façon de s’affirmer lesbiennes. On voit exactement la même chose en Thaïlande entre garçons. Bien sûr, ces attitudes sont ambiguës, mais elles correspondent avant tout à des codes sociaux."
Le film évoque plutôt l’homosexualité des filles, pensez-vous qu’il aurait été très différent si vous aviez choisi de parler de celle des garçons ?
"Oui, à cause du contexte taiwanais dont je viens de parler. Si c’était des garçons, le sujet central du film deviendrait fatalement l’homosexualité, alors que dans le film tel qu’il est, ce n’est qu’une des facettes d’une réflexion plus générale sur l’identité, qu’elle soit sexuelle ou sociale. J’ai d’ailleurs préféré supprimer au montage de nombreuses scènes montrant les garçons entre eux. Le film est donc raconté du point de vue de Meng Kerou, ce qui en fait d’avantage une “coming of age story” (histoire de passage à l’âge adulte). Son trouble vis-à-vis de sa camarade est forcément effrayant pour elle, car elle imagine la pression sociale qui risque d’en découler. En même temps, quelque chose se produit également entre elle et le garçon, quelque chose qu’elle n’identifie pas clairement et qui la perturbe."
Votre travail fait penser à celui d’un autre cinéaste asiatique qui s’intéresse à la jeunesse et à ses troubles identitaires, le Japonais Ryosuke Hashigushi. Vous le connaissez ?
"Si je le connais ! Il a même gagné le grand prix au Festival de Rotterdam avec Grains de sable, l’année où je présentais Lonely Hearts Club… A l’époque, déjà, tout le monde nous comparait. C’est un cinéaste très drôle et très sensible, mais je crois que ses personnages sont plus “marginaux” que les miens. Ils aiment être différents, alors que les miens essaient de se conformer, même s’ils n’y parviennent jamais totalement."
Le “style taiwanais”, fait d’images très belles et de plans-séquences n’est-il pas en train de se banaliser ?
"C’est possible, j’ai d’ailleurs l’impression que la nouvelle génération de cinéastes, celle qui prend le relais de Edward Yang, Hou Hsiao-hsien, Tsai Ming-liang ou Hsu Hsiao-ming, est en train de briser ce moule, sans qu’il soit possible de savoir ce qui va en sortir. Tout style codifié a ses limites, et chaque nouvelle génération apporte sa propre perception du monde, ses propres préoccupations et reflète la réalité de ses moyens de production. La différence principale avec ces anciens, dont personne ne penserait à nier l’importance considérable, est que nous nous éloignons peu à peu de l’histoire du pays, qui a été leur thème de prédilection, et que nous nous rapprochons des personnages, de leurs préoccupations quotidiennes. C’est certainement pour cela que nous avons de plus en plus recours aux gros plans. On n’essaie pas consciemment de se libérer de leur influence, on a grandi avec et grâce à eux. Mais quand je prépare un film, par réflexe, je vais faire des repérages dans tel village où Hou a tourné, ou dans telle base militaire qui a servi de cadre à un film de Edward Yang, simplement parce que ces endroits sont magnifiques. Mais je n’y trouve pas ce que je cherche, un certain quotidien, les HLM, les taxis, les allées qui me serviront à exprimer ce que je ressens. "
Appréhendez-vous la réaction des Occidentaux devant Blue gate crossing ?
"Non, au contraire, c’est passionnant de voir réagir des publics de culture et d’éducation différentes, qui n’ont donc pas le même rapport intime à ce qui est montré. J’ai pu observer lors des projections du film à La Quinzaines des Réalisateurs, ces différences de réactions, le public français voit le film comme une comédie romantique, quelque chose en apparence de léger, une histoire émouvante mais assez gaie, les gens étaient touchés par l’histoire de ces trois adolescents pour qui tout est en devenir. Alors qu’à Taiwan, à chaque projection, les gens sont en larmes, ils pleurent peut-être leur jeunesse perdue…"
FICHE TECHNIQUE :
Scénario : Chih-yen Yee.
Image : Hsiang Chien.
Son : Duu-chih Tu.
Décor : Shao-yu Hsia.
Montage : Ching-song Liao.
Musique : Chris Hou.
FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur / scénariste : Yee Chih-yen
Directeur artistique : Hsia Shao-yu
Directeur de la photographie : Chienn Hsiang
Monteur : Liao Ching-song
Son : Tu Duu-chih
Musique : Chris Hou
Costumes : Anico
Stylisme : Chien Jo-ching
Maquillage / coiffure : Chen Shu-hui
Producteurs : Peggy Chiao - Hsu Hsiao-ming
Producteur exécutif : Wang Toon
Superviseur de la production : Hsu Bing-hsi
Productrice associée : Fabienne Vonier
Producteurs coordinateurs : Eric Lagesse -
Laurent Champoussin - Adam C.H.Wei
Coproducteur : Michael Chiao
Coordinateurs de production : Rung-rung Chang -
Marianne Y.L. Shih 1 vidéo : Blue Gate CrossingLes avis sur le film Blue Gate Crossing
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