Troisième film d'Aldrich dans sa période de plus intense créativité. Le film est un jalon important du western moderne par son sujet et la réflexion qu'il comporte. Son personnage principal : un Indien et, qui plus est, un Indien observé avec sympathie et respect par l'auteur.
Anthony Mann (Devil's Doorway, 1950) et
Delmer Daves (Broken Arrow, 1950) avaient déjà montré de semblables personnages, mais ici l'Indien a nettement plus de caractère, de relief, de densité psychologique que les précédents. Le propos de l'œuvre ne manque pas de subtilité. Aldrich dépeint un cas d'individualisme absolu, mélange de paranoïa et de lucidité. Le héros affirme que tous les Blancs et tous les Indiens sont ses ennemis et qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre, ce qui est vrai, à la fois subjectivement et objectivement. Grâce à la femme qui l'accompagne, élément d'équilibre positif mais insuffisant, il est en passe de recréer une civilisation à lui tout seul, à l'écart des deux peuples. Aldrich sait rendre sensible l'aspect lyrique et presque exaltant de cette tentative, mais aussi son côté désespéré et suicidaire. La fin heureuse n'est évidemment pas celle qu'avait voulue Aldrich : Massaï devait être abattu par un scout indien de l'armée, qui convoitait sa femme. Les Artistes Associés imposèrent une deuxième fin qui fut d'abord rejetée, puis acceptée par Lancaster, coproducteur du film. Elle est si artificielle - en fait le récit donne surtout l'impression d'être inachevé - qu'elle n'est guère gênante, le spectateur se sentant pratiquement obligé de rétablir mentalement un dénouement tragique, seule conclusion possible à l'entreprise de Massaï. Comme plus tard dans Run of the Arrow, le western met ici en valeur un personnage d'exclu, placé dans une situation inextricable qui résume poétiquement et tragiquement les conflits historiques d'une époque.