D'où est venue l'idée de ce film ?
L'idée était de faire une expérience de cinéma en prenant un maximum de risques de mise en scène. Pour moi, ce film est en quelque sorte un film expérimental. Je veux dire par là que j'ai cherché à raconter cette histoire en supprimant les explications, avec aucune scène d'action ou de comédie, peu de dialogues, pas de dramaturgie scénaristique et, en plus, des personnages peu sympathiques avec lesquels le spectateur ne peut pas s'identifier mais qui vont pourtant dégager beaucoup d'émotion. Un film impossible à produire dans un cadre habituel de production, surtout aujourd’hui où le formatage induit par la chaîne de financement est si lourd et si contraignant, en terme de production, de récit et de casting. Le personnage de la mère, par exemple est tout ce que le cinéma en général ne montre pas et n'aime pas montrer : une mère indifférente à son enfant, qui n'a pas de sentiment maternel, et qui s'en fout un peu. Une femme qui assume son indifférence à son enfant et qui n'est pas spécialement plus folle qu'une autre. C'est une question intéressante que le cinéma a complètement occultée car l'idée commune est qu'une femme doit aimer son enfant au risque de le traumatiser à vie. De l'autre côté, on a un enfant intelligent, équilibré et on sent que ce n'est pas parce qu'il a été abandonné qu'il va devenir un gangster ou un drogué. Plusieurs spectatrices sont venues me voir après les projections pour me dire combien elles étaient contentes qu'on leur montre une mère déculpabilisée de ne pas être une mère aimante.