Dans le passé, on vous a parfois comparé à Ozu. Vous-même, comment vous situez-vous par rapport à lui ?
Personnellement, même en termes d’influence qu’un artiste peut avoir sur un autre, je vois difficilement un lien. Pour commencer, Yasujirô Ozu était un cinéaste de studio, il travaillait pour – et avec – une structure. À chaque étape de la fabrication de son film, il était entouré. On lui disait : “Pour un plan monté d’une minute pour lequel vous tournerez tant de prises, il vous faudra tant de pellicule. Le budget qui vous est alloué pour ce projet est de tant, cela vous permet de tourner un long métrage qui fera donc tant de minutes.” Ozu fonctionnait à l’intérieur d’un système rigoureux de studio, japonais de surcroît, où l’on raisonnait ainsi. Il avait à son service les meilleurs collaborateurs qui soient. Dont, avant tout, de très grands comédiens. Moi, je travaille en indépendant, et à Taiwan. A Taiwan, il n’y a pas d’industrie du cinéma et il n’y a pas de bons acteurs, par manque de tradition théâtrale. Encore aujourd’hui, la formation de l’acteur est méprisée ici. J’utilise donc souvent des non-professionnels, pour tirer profit de leur naturel. Mais cela m’oblige à les filmer avec des plans plutôt larges, car le gros plan déstabilise l’acteur non-professionnel, il le met extrêmement mal à l’aise, et c’est tout à fait compréhensible.