Totalement révoltés par la situation des habitants de Medellin, deuxième ville de Colombie où la peur et la violence règnent en maître,
Jean-stéphane Sauvaire et le producteur
Nicolas Daguet décident de risquer leur vie pour ramener des images désormais quotidiennes pour les Colombiens. Histoire de montrer au monde que la mafia, la guérilla, la mort à chaque coin de rue, les balles perdues, les pétards gros comme des cigares et la folie furieuse n'existent pas que dans les films hollywoodiens. La motivation des deux hommes est juste et charitable. Le 7e art est un moyen de rêver et de faire rêver, mais aussi de montrer ce qui se passe à l'autre bout de la Terre.
Malheureusement, le résultat est un peu maladroit. Car à défaut de prouver par des faits, des images réelles la situation extrême du pays,
Jean-stéphane Sauvaire choisit de donner la parole aux pères, aux femmes, et aux enfants de Medellin. Charitable encore une fois, mais qui au final alourdit totalement le documentaire. Il ne reste qu'un étalage de pauvres gens implorant Dieu et la Vierge Marie de les aider, pleurant sur la mort de leur fils, leur frère, leur mari, leur sœur, leur femme, leurs amis. Même s'il est difficile de ne pas être touché par les témoignages, l'émotion ne prend jamais le pli sur la raison. Difficile de soulever les consciences en jouant les confesseurs sans jamais de preuves ni d'images d'horreur… Et le long défilement de plaintes et de lamentations devant une statue de plâtre devient vite agaçant. CARLITOS MEDELLIN est donc loin de cette nouvelle génération de documentaire de guerre qui, à l'instar d'un
Michael Moore ou d'un Fernando Solanas, fait réagir les foules à grand renfort d'arguments, d'images d'archives, de témoignages de spécialistes et d'images en live. Au final, CARLITOS MEDELLIN montre la souffrance d'un peuple, mais ne démontre rien, ne prouve rien et ne propose aucune solution.
Aurélie Maulard