Quand j’étais enfant, en Algérie, avant l’Indépendance, j’avais un copain français. Je pouvais aller jouer chez lui. Ses parents ne s’en offusquaient pas, chose rare. Ce que j’attendais le plus chez lui, c’était l’heure du goûter. Sa maman nous le préparait : Jos (c’est comme ça qu’on l’appelait) avait un casse-croûte au jambon, et moi un au fromage car sa mère tenait compte du fait que je suis musulman. Parfois, c’était tout ce que je mangeais de la journée : chez moi, on était ce qu’on appelait les indigènes nus et ma mère n’allait faire une fournée de pain que tous les deux jours. A la sortie de l’école que je commençais à fréquenter, Jos et moi construisions une cabane sous le pont du chemin de fer. Ensuite, pour aller me rafraîchir sous le soleil torride, j’allais me baigner dans l’oued avec les enfants comme moi. Jos, lui, allait piquer une tête dans la piscine des colons où je n’avais pas le droit d’aller.