De la mite au muet
Notre époque est malade du soupçon. Phobie de la pollution, des germes, de l’étranger, de la guerre bactériologique, du terrorisme, du virus informatique. L’ennemi sera partout : à côté de nous et en nous. La peur nous est inoculée par mille signaux. C’est devenu un mode de gouvernement qui pourrait nous paralyser, favoriser l’esprit de délation aux dépens de la curiosité, nous priver de toute liberté d’action et de création. Dans le film c’est une mite, anodine, qui catalyse l’inquiétude. Cette inquiétude diffuse se déplace ensuite, à la faveur du hasard, vers un muet, celui qui « ne communique pas », n’explique rien, qui se contente d’être là, puis de disparaître. Dans un monde où chacun se méfie d’autrui, celui qui ne se méfie pas, ne se justifie pas, et qui est sans doute le moins dangereux de tous, peut devenir celui dont on se méfie le plus ; Quand la méfiance devient loi, la confiance devient d’une inquiétante étrangeté. Notre société est ravagée, « mitée » par le soupçon…qui n’a rien à voir avec le doute. Le doute porte sur soi, le soupçon sur les autres.