Chacun sa nuit, chacun ses rêves, chacun son côté obscur… Inspiré d’un fait divers, l’histoire de Pierre et Lucie n’est pas traditionnelle et nous plonge dans les profondeurs de la candeur, du fantasme et du trouble. Incroyablement particulière, leur relation se distingue par son côté hors norme et par un trop plein d’amour qui pourra gêner nombre de spectateurs. Pourtant, il serait réducteur de considérer leur rapport, malsain, et de se laisser choquer par les scènes de sexe, d’ailleurs bien plus sensuelles que bestiales.
La caméra de
Pascal Arnold et
Jean-marc Barr filme superbement les passages « sexuels » en apportant une naïveté propre aux adolescents et ne tombe pas dans le cliché du baisodrome. Elle sublime les acteurs collectionnant les gros plans mais aussi des travellings sur les hauteurs d’Aix-en-Provence. La nature omniprésente accentue la volonté de rendre les personnages purs. Saluons d’ailleurs la performance étonnement juste des interprètes qui confirment – une fois de plus ! – que la relève est assurée. Cette nouvelle génération surprend par un jeu d’acteurs empreint de pudeur, de naturel et de sensibilité accrue.
Lizzie Brocheré qui incarne Lucie est magnifique dans son rôle de jeune fille à fleur de peau, prête à se perdre ainsi que sa dignité et son honneur, pour découvrir la vérité. Lucie est une héroïne des temps modernes… Belle, impulsive, entêtée, perturbée.
Chacun sa nuit a le mérite de ne pas être un film léger dont personne ne se souviendra dans quelques années. À certains moments, sa poésie nous prend aux tripes, nous provoquant un sentiment de malaise proche de la nausée, elle nous émeut et nous transcende.
Mais, finalement, cette valse des sentiments nous donne surtout envie d’aimer…
Fanny Cairon