Pour commencer, il est important de préciser que juger ce film sur sa forme est inutile. Réalisées avec les moyens du bord, destinées premièrement à une diffusion pour l’émission
« Là-bas si j’y suis » sur France Inter, les différentes interviews et images de
Chomsky & Compagnie sont arrangées d’une manière qui peut paraître basique et amatrice. Néanmoins, force est de constater que le résultat n’est en aucun cas austère, et, au-delà de l’intérêt de son contenu, le film se regarde sans problèmes et temps morts.
Passons donc au fond, le principal atout de ce documentaire. Pour les disciples de
Noam Chomsky, rien de très nouveau à l’horizon. Le film retrace les principaux combats et idées du linguiste de MIT, de sa bataille pour la défense de la liberté d’expression avec l’affaire Faurisson, sa vision de la fabrique de consentement, son combat contre la Guerre du Vietnam, ou ses pensées anarcho-syndicalistes. Ces entretiens laissent néanmoins la place à l’intellectuel pour s’expliquer, comme il l’a toujours fait dans le passé, avec beaucoup de calme et de patience, sur les nombreux points de controverses qui ont encadré ses travaux. On ne peut que constater qu’il a toujours mené son combat de manière directe, en suivant une ligne visible pour s’attaquer sans relâche contre les moulins à vent de la bêtise. Le documentaire permet également de faire connaissance avec sa « compagnie », le Québécois
Normand Baillargeon et le Belge
Jean Bricmont.
Les entretiens sont entrecoupés de différentes images d’archives, qui apportent analyse et précision sur les propos et les situations dépeintes par Chomsky, Baillargeon et Bricmont. Et là, curieusement, le film déçoit. Car si Chomsky a souvent été incompris, c’est en partie dû à sa capacité de nuancer ses propos, ce qu’à la fois les radicaux et les conservateurs ne semblaient pas arriver à déceler. Les images et les rapprochements choisis par
Olivier Azam de
Daniel Mermet, entre Sarkozy, Bush, la résolution du Golf du Tonkin ou la Guerre en Irak sont tellement clichés et déjà-vu que l’on ressent l’impression désagréable de se retrouver dans une vilaine propagande gauchiste. Mais si on écoute bien Chomsky, on se rend compte que tout n’est heureusement pas un complot capitaliste : lui, finalement, ne fait que mettre de la couleur dans un monde souvent perçu comme noir et blanc. Au final, voir cet homme exceptionnel parler aussi intelligemment à 80 ans est un très grand signe d’espoir, et permettra à certains de se familiariser avec un des plus grands penseurs vivants, ce qui change radicalement des chemises blanches de BHL au Grand Journal.
Nicolas Ferminet