Les films de
René Féret font souvent le même effet : on y va à reculons. Après
Il A Suffi Que Maman S'En Aille..., il revient avec un nouveau pitch qui ferait fuir les plus cinéphiles d’entre nous. Un couple. Lui va mourir et elle, rester. Les premières vingt minutes font indéniablement penser à ces téléfilms aux dialogues surjoués, aux plans peu travaillés.
Mais peu à peu, on apprivoise le rythme, la lumière, les faux raccords, les acteurs, et alors, le film prend toute sa dimension.
Oui,
René Féret signe une nouvelle fois, une œuvre très personnelle, une histoire tragique. Mais cette tragédie nous est contée avec une extrême simplicité, une extrême délicatesse. Dans l’intimité du couple où l’on défie la mort par l’amour, le deuil par l’appétit de vivre, la caméra se fait discrète. Tellement discrète qu’elle impose une distance entre le spectateur et ces amants qui impressionnent. Mais progressivement, cette pudeur nous plonge au cœur même des sentiments. Par petites touches, le réalisateur peint des situations, des émotions, sans fausse sensiblerie. Et c’est là toute la force du film. L’interprétation de
Salomé Stévenin et
Nicolas Giraud qu’on pensait au départ, maladroite, prend finalement tout son sens. Elle évolue au même rythme que leurs personnages.
Certains auront du mal à comprendre cette distance imposée, cette simplicité. En voulant éviter de sombrer dans le pathos,
René Féret a peut-être ici, perdu un peu d’authenticité. Mais étrangement, le spectateur prend part de ces non-dits, de ces rapports humains qui défilent devant lui. Pour finalement se laisser toucher en plein cœur.
Mathilde Grosjean